Comme une bouteille à la mer

Pensées, proses, poésies, mais aussi des fictions...Pour les messages, servez-vous aussi du livre d'or dans la colonne de droite. Merci de votre visite !

24 novembre 2009

Le fleuve rougit (chapitre premier -suite4)

Journal de Simon Duquesne

5 Juillet 1970

  Nous sommes allés en début d’après-midi, Solange et moi, lire les résultats de BEPC sur le mur de l’entrée du collège. J’étais confiant pour les deux, peut-être un peu plus pour elle qui est meilleure élève que moi. Mais j’avais aussi bien révisé. Je voulais l’avoir du premier coup pour qu’elle soit fière de moi et s’intéresse enfin vraiment à mon amour. Quel soulagement, nous l’avons tous les deux eu, et aussi Marie la fille du maire qu’on n’aime pas !
  Depuis cette balade en forêt, quand j’ai osé lui faire la cour, elle a semblé s’éloigner de moi. Je n’ai pas bien saisi pourquoi. On s’était embrassés… Mais n’est-ce pas plutôt dû au fait que mon père a tout fait pour m’empêcher de ressortir avec elle ? Il fallait rester à la maison pour réviser.
  ─ Mon fils, si tu veux devenir un jour un médecin comme ton père, il faut étudier beaucoup, et davantage au temps des examens. Alors, pas de sorties, de dérivatifs comme la télé, le ciné etc. Laisse tomber tout ça et révise ton BEPC. Ah, si tu avais un flirt en cours, n’y pense même pas. Quand on est amoureux, on se distrait et les études en pâtissent. T’as compris ?
  Oui,  j’entends bien et j’obtempère. Mais c’est n’importe quoi ! Solange et moi aurions pu étudier ensemble. Cela nous aurait stimulés. Mais n’en parlons plus, va. C’est fini et bien !
  Et puis, comment on s’y prend avec les filles ? Comment parler à une fille, tout ça ? Je suis un peu gauche, j’ai peur de ne pas savoir embrasser, caresser. Il faudrait peut-être sortir en boîte comme René pour voir les couples, ça peut donner des idées. Mais René n’est plus là. Il y a les livres de maman, des romans d’amour. Je devrais lui en piquer quelques uns, ça doit être écrit comment s’y prendre pour aborder les filles. Des trucs qui emballeraient Solange !
  Nous partons demain en Provence pour les vacances. Papa dit que nous irons dans un mas. C’est comme ça qu’on appelle les maisons là-bas, il paraît. René nous rejoindra dans quelques jours avec sa Peugeot 204. Chouette ! Nous pourrons nous balader sur la Côte tous les deux. Le coin où on va s’appelle Grasse. Ce n’est pas le bord de mer, mais Cannes n’est pas loin en voiture. Nous pourrons y aller souvent. Il y a de jolies plages, et sûrement de belles filles. René se fera une bande de copains, j’en suis sûr. Il s’en fait toujours très facilement, bien plus que moi. Il dit que c’est parce que je suis timide. Peut-être bien qu’il a raison. Je ne sais pas. On m’a toujours dit que petit j’étais un sauvage, un gosse qui ne parle pas et qui boude beaucoup. C’est parce que j’étais timide ? Peut-être, mais avant de m’engager à quelque chose, j’aime savoir de quoi il encourt. Alors, sur la plage, je verrai bien comment on fait pour draguer. J’apprendrai, puis après…

(A suivre)

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Le fleuve rougit (chapitre premier suite 3)

   Simon arriva vingt minutes trop tôt. Madame Bernard, alors âgée de trente-cinq ans, à la longue chevelure brune retenue dans un chignon et aux yeux verts et bridés de sa fille, vint lui ouvrir la porte. Sa robe à fleurs à manches courtes révélait un corps svelte et onduleux. Elle accueillit avec un grand sourire l’adolescent. Il aurait aimé avoir une mère si rayonnante, la sienne cachait mal sa tristesse…
   « Entre Simon. Solange termine sa leçon. » Son amie prenait ses cours de musique le samedi après-midi. Elle avait omis de le lui rappeler la veille en sortant de classe. Elle pensait sans doute qu’il viendrait à 15 heures pile, juste à la fin du cours. La mère de Solange le fit entrer au salon à droite de l’entrée. De la pièce d’en face s’élevaient les sons de la Marche Turc de Mozart au piano. Quelques accros, mais dans l’ensemble Solange ne se débrouillait plutôt pas mal.
   Pendant ce temps, Madame Bernard était retournée dans sa cuisine. Elle revint au bout d’un quart d’heure avec un panier.
   « Je vous ai confectionné un goûter que j’espère vous plaira. Vous serez nombreux en promenade ? » Visiblement Solange avait tissé un mensonge pour écarter les doutes de ses parents. Simon ne savait quoi répondre. À cet instant précis, la porte de la chambre de Solange s’ouvrit. La leçon était terminée.
   ─Simon, tu es déjà là ! Cela fait longtemps que tu attends ?
   ─Je suis venu en avance. Mais ça ne fait pas longtemps.
  Solange enchaîna sur les présentations de Simon au professeur. Celui-ci s’éclipsa. Et les deux amis partirent, Simon portant le panier du goûter à bout de bras.
   ─Dis-moi, Solange. Tu ne m’avais pas dit que tu mentirais à ta mère.
   ─Quoi ?
   ─Elle m’a demandé si nous serions plusieurs à nous balader. Tu m’as retiré une épine du pied en sortant de ta chambre juste à ce moment-là. Je n’ai pas eu à lui répondre.
   ─Pardon. J’aurais dû te prévenir. Je ne voulais pas qu’elle croie à des choses qui ne sont pas. Nous deux, garçon et fille…
   ─Ah !

       Ils marchèrent pendant une heure, traversèrent le village vers le nord pour aboutir à la forêt limitrophe, puis ils atteignirent une clairière. Le chemin continuait dans les bois jusqu’au vieux pont qui enjambe la rivière, à l’autre rive le village Combes. Pour l’atteindre, il fallait encore passer un champ en friche au milieu duquel se dressait une cabane en bois délabrée et rafistolée d’un toit de tôle. Y habitaient une très vieille femme avec son fils, un maçon à son compte, célibataire qui devait bien avoir dans les soixante ans. Elle, on l’appelait La Mère Milord parce qu’elle avait été mariée par le passé avec un Anglais qui aurait été Lord. Elle racontait sa vie à qui passait par là et était suffisamment aimable pour l’écouter. Les jours de marché à Combes, village plus gros que Gretz, il arrivait à Solange et sa mère de s’arrêter devant chez elle, au grand bonheur de la vieille dame qui ne manquait pas de se trouver dans son jardinet, aussi en friche que le champ alentour, à l’affut d’une rencontre. Quand elle parlait, on voyait deux longues canines branlantes déchaussées dans des mâchoires bien dégarnies. Si elle était très âgée, elle n’avait pas moins encore toute sa tête et une mémoire impressionnante doublée d’une perspicacité à toute épreuve. Elle connaissait beaucoup de choses sur les habitants des deux villages et n’avait pas sa langue dans sa poche. Elle appréciait les Bernard. Alors Solange l’aimait bien. Mais ce samedi ensoleillé de mai, les jeunes gens n’avaient aucune intention de rendre visite à la Mère Milord. Elle aurait pu le raconter à la mère de Solange le prochain jour de marché à Combes…
  Simon choisit deux souches d’arbres, à l’autre bout de la clairière, pour s’asseoir et prendre le goûter si généreusement préparé par madame Bernard.
   Histoire d’entamer la conversation par des banalités, Simon dit à Solange qu’il croyait que son piano était dans le salon.
   ─Au début, quand il est arrivé chez nous. Mais dès que j’ai commencé les cours avec Monsieur Girard, et qu’il me donnait beaucoup de travail pour passer les examens de fin d’année, mes parents ont trouvé qu’il serait mieux que je l’aie dans ma chambre pour étudier. Tu sais, elle est très grande. Et un piano droit ça prend moins de place qu’un demi-queue de concert.
   ─Tu aimerais en avoir un ?
   ─Un jour peut-être, si je deviens pianiste…
   ça te plairait ?
   ─Oh oui !
   C’est alors que Simon se leva pour sortir son petit cadeau de la poche de son jeans.
   ─C’est quoi ?
   ─Une cassette de Janis Joplin. Je l’ai faite avec des titres de plusieurs disques. Ça te plaît ?
   ─Et comment ! Merci Simon. Mais pourquoi ?
   ─Pour te faire plaisir. Et parce que…
   ─Oui ?
   ─Je t’aime.
   ─Moi aussi, Simon. Je t’aime bien. « Façon de dire que quelqu’un vous est sympathique, rien de plus. », pensa le garçon.
   ─Oui, mais…
   ─Mais quoi, dis ?
   ─Oh, c’est rien. Comment dire qu’on a des sentiments pour une jeune fille, quand c’est la première fois ? Il détourna son attention en sortant son Opinel de l’autre poche du pantalon, et coupa deux grosses tranches de pain qu’il recouvrit de carrés de chocolat. Ils mangèrent en silence, buvant du coca dans des verres en carton. Puis, soudain, Simon s’approcha de Solange et lui prit la main.
   ─Dis, Solange. Veux-tu être ma petite amie ?
  ─Qu’est-ce que tu racontes là ? dit la jeune fille interloquée.
   ─Oui… ma petite amie, ma fiancée si tu préfères. Je te l’ai dit tout à l’heure. Je t’aime.
   ─Oh, je ne sais pas…
   ─Tu ne m’aimes pas alors ? demanda-t-il brusquement sombre et inquiet. Il retira sa main, le visage bas il se mit à fixer dans le vague le panier devant lui dans l’herbe.
   ─Mais si je t’aime, Simon. Seulement, c’est si soudain. Solange ne savait plus où se mettre devant le désarroi de son ami.
   ─C’est vrai ? fit-il en tournant la tête vers elle avec soulagement. Il sourit et remonta ses lunettes sur l’arête de son nez. Quelques temps plus tard, il dit :
   ─Si on s’embrassait…
   ─Ici ?
   ─Oui. Tout de suite. Il passa son bras droit autour des épaules de Solange et déposa un baiser chaste sur ses lèvres. C’était la première fois qu’il embrassait une fille, et elle un garçon… Ils ressentirent une sensation de chaleur parcourir leurs corps jamais éprouvée auparavant. Cependant ils n’étaient pas naïfs, ils savaient ce qu’était l’amour même sans l’avoir encore vécu.
   Simon se leva. Avant de remettre son couteau dans sa poche, il s’en servit pour graver quelque chose sur la souche d’arbre sur laquelle il était assis.
   ─Qu’est-ce que c’est ? demanda Solange.
   ─Regarde. La jeune fille vit un cœur transpercé par une flèche, à côté leurs initiales S.S. suivies de la date. Solange eut un mouvement de recul disant : « Oh ! ».
  ─ Quoi, ça ne te plaît pas ? fit Simon déçu.
  ─Ce n’est pas ça. Mais ces lettres SS, ça me fait drôle… Cela rappelle tant les nazis.
  ─Tu trouves ?
   ─Maman est d’origine juive. Mes grands-parents ont fui l’Allemagne à l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Mais ceux de la famille qui sont restés ont été pris et envoyés aux Camps.
   ─Je ne savais pas. Excuse-moi.
   ─C’est pas grave. Mais SS me fait trop penser à tout ça.
   ─Mais c’est comme ça qu’on s’appelle toi et moi, Solange et Simon.
   ─Je sais. Désolée.
   ─C’est moi qui suis désolé. Tiens, je vais effacer. Il gratta de toute sa force avec son Opinel les lettres si bouleversantes, puis inscrivit à leur place « Solange et Simon ».
    ─Merci, fit Solange. Puis ils se levèrent et retournèrent chez eux à Gretz.

(A suivre)

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14 novembre 2009

« Accidenté –Le parti pris de la guérison », Mathias Coppa

« Accidenté –Le parti pris de la guérison », Mathias Coppa. Editions Glyphe. www.editions-glyphe.com

L’été dernier, au cours de mon séjour à l’hôpital Maritime de Berck, j’ai fait la connaissance d’un tout jeune écrivain handicapé. Son nom Mathias Coppa, un Lorrain atteint d’une maladie orpheline handicapante et évolutive, l’ataxie de Freidreich. Il a dans les vingt-cinq ans maintenant. C’est un jeune homme intelligent et plein d’humour, et on le voit dans ce tout premier livre qu’il a signé en deux endroits à Berck, la grande librairie de la rue Carnot et l’hôpital lui-même. Je l’ai acheté et récemment lu.
Il raconte comment Mathias pressé de regarder, un soir, une émission sportive à la télé, a eu un accident dans sa salle de bains. Il s’est ébouillanté, brûlé en maints endroits à différents degrés. Il a été longuement hospitalisé pour se remettre de ses brûlures, subi des greffes de peau et travaillé sa motricité durant de longues heures quotidiennes de kinésithérapie etc. Il a été immobilisé durant des semaines, des mois, ce qui a accéléré sa maladie paralysante. Avant, c’était un jeune étudiant qui vivait seul en fauteuil roulant, dans un studio à Nancy près de l’université où il suivait ses études et fréquentait bien des amis de son âge. Mathias était, comme on dit dans le jargon des personnes à mobilité réduite, autonome dans la mesure du possible. Mais, suite à cet accident, sa vie a complètement basculé, et il est devenu dépendant des autres. Il a même eu un chien d’assistance pour l’aider à ramasser des objets tombés à terre ou aboyer pour alarmer ses proches en cas de chute…
Les idées suicidaires l’ont tiraillé, et c’est fort compréhensible, d’autant qu’il s’est senti coupable de son état par sa négligence à faire couler son bain. Il ne voulait pas être une charge pour sa famille, pour la société. Mais il a pris le parti de guérir et de récupérer une vie somme toute normale, ce qui est courageux de sa part et la bonne solution.
C’est un témoignage émouvant, authentique, bien écrit et agréable à lire. Il vous apprend ce qui se passe à l’intérieur de ces personnes qui ont plein de vie à exprimer mais qu’un corps blessé, malade retient, bloque. A lire absolument !

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« Si la peur… », Gilles Bizien

« Si la peur… », Gilles Bizien, aux éditions Ex Aequo :

http://www.editions-exaequo.fr/shop/catalog/browse?shop_param

Recueil de poèmes en vers libres où l’amour s’exprime en harmonie avec la mer dans sa souffrance, sa crainte, et son exaltation, son attente, sa présence, son plaisir… Je retiens beaucoup de force dans ces vers et d’originalité. Gilles Bizien a la volonté de faire sienne la langue, ce qui surprend et ravit tout à la fois.
J’ai connu Gilles sur un site de poésie, et depuis son écriture s’est envolée vers des recueils de nouvelles et de poésies. Il est très intéressant à connaître. Habitant près de la mer, il sait la raconter, l’appréhender, la considérer. Et c’est ce qui m’a frappée dans ma lecture de ce recueil.

Quelques exemples :

« ton corps ressemble à une valise
enfermant l’océan. »
« sous la cape des saisons »
« donne ce que donne la mer »
« derrière le mur
j’ai vu le saule noir
toucher caresser
la pierre légère de ta joue. »

Tous les amoureux de l’amour et de la mer devraient aimer ce livre !

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« Le Fléau », Stephen King

« Le Fléau », Stephen King, éditions Le Livre de Poche.

Que dire qu’il n’a pas été dit de ce chef-d’œuvre ? Si ce n’est qu’il est d’actualité, hélas, avec cette grippe A dont on n’arrête pas de nous parler.
Je l’ai récemment lu dans sa version intégrale, revisitée en 1988. Deux tomes de près de 800 pages chacun. Je tenais à le lire avant de, j’espère bien que non, attraper cette version actuelle de l’« étrangleuse », cette grippe arme biologique échappée d’une base américaine de Californie tuant plus de 99% de la population mondiale, à l’exception de ces individus de tous les coins des Etats-Unis atteints des mêmes rêves et qui se sont divisés en deux clans, les bons suivant une centenaire noire nommé Mère Abigaël, et les autres s’attachant à un homme maléfique, Randall Flagg ou l’Homme noir, ou Le Promeneur…
En lisant le premier tome, je me disais quelle arme destructrice ferait une grippe de ce genre ! J’espère bien que la main de l’homme ne brisera jamais intentionnellement un flacon de virus parmi d’autres ultrasecrets disséminés dans une quelconque base militaire du monde.
Mais quelle intelligence et quelle imagination dotent l’esprit de Stephen King pour écrire de telles choses où la logique est de mise dans toutes les pages, où tant de faits se réalisent et tant de personnages se rencontrent. A lire et à croiser les doigts pour que notre grippe A H1N1 ne tue pas autant, au point de laisser des maisons à l’abandon, les autoroutes jonchées de véhicules occupées de cadavres que nul service de pompes funèbres ne peut ramasser, de commerces livrés au pillage impuni etc. Effrayant, mais peut-être bien possible, sans probablement cette bonne Mère Abigaël et l’horrible Randall Flagg ni la télépathie des rêves.
Ce livre m’a énormément plu et il m’inquiète un peu aussi. Science Fiction, Fantastique ou… Anticipation ?

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02 novembre 2009

Inquiétudes... (nouvelle version pour ceux qui auraient lu l'ancienne que je viens de supprimer)

Ces questions ne doivent plus m'importer. Quand on ne doit plus revoir quelqu'un, sa vie ne vous regarde plus. Mais c'est dur de s'en faire une raison et d'oublier sa douleur, sa honte et sa culpabilité. 
Nous mourrons dans l'ignorance de nos faits et gestes. Juste il me reste l'amertume de l'avoir connu, car je n'aurais pas souffert de l'interdiction de lui reparler, de le revoir jamais. Et je ne me sentirais pas une mauvaise amie pour qui que ce soit. Je ne craindrais plus le refus de mes lettres à mes amis ou leur non-réponses, des appels téléphoniques raccrochés à l'énoncé de mon nom.
Quelqu'un m'a dit de demander pardon à Dieu. Oui, mais je ne crois pas. Enfin, pas comme lui. Si Dieu pardonne les erreurs, l'homme non. Et les personnes qui m'en veulent continueront leurs reproches indéfiniment.
Il n'y a que l'écriture qui puisse un jour me soulager car elle me reconstruira, ou peut-être l'affection d'un ami qui arriverait à me convaincre que je ne suis pas si dérangeante ni répugnante, que je ne suis pas une ennemie et que j'ai ma place ici-bas malgré tous mes défauts. Qu'il puisse me rendre ma liberté d'aimer...
Je l'ai écrite dans mon dernier poème "Autoportrait", mais je saisis de plus en plus la citation de Jim Harrison : "L'écrivain est peut-être toujours un passager clandestin. Caché, et très en marge".  A l'époque, je m'exhibais trop et réclamais à l'excès l'aide de cette personne concernant l'écriture. Elle était dedans depuis bien plus longtemps que moi, et sans doute un écrivain dans l'âme plus clair, car elle a su se mettre "en marge" probablement à la manière de Jim Harrison. Et elle avait raison. Je pense qu'elle continue à écrire. Dommage qu'elle ne se fasse pas éditer, car son talent est des plus grands (presque digne de Jim Harrison avec un peu plus de persévérance et de foi en soi).
J'écris un peu plus "cachée" à présent, mais c'est très difficile pour moi. Cependant, mon journal intime m'y aide plus que mes écrits publics.
Il faut écrire comme l'âme le requiert.
Et puis je communique moins avec mes amis. Suis-je devenue moins importune ?...

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27 octobre 2009

Le fleuve rougit (chapitre premier - suite 2) corrigé

Journal de Simon Duquesne

15 Mai 1970

   Marie m’a dit quelque chose hier dans la cour du collège qui m’a dégoûté. Pourquoi l’a-t-elle raconté au fait ? Pour me blesser, car elle est jalouse de Solange puisque je suis à côté d’elle en classe. De toute manière, c’est une garce Marie. Elle cancane, critique la façon de s’habiller de Solange : « Pas très classe pour la fille d’un banquier ! ». C’est vrai qu’elle porte des jeans à pattes d’éléphant et des chemises à fleurs comme Janis Joplin. (Au fait, j’ai fait une cassette d’elle pour Solange, avec « Maybe », « Mercedes Benz », « Me and Bobby McGee » etc. Demain, il ne faudra pas l’oublier.) Elle dit, Marie, que c’est les hippies qui s’affublent de cette manière avec de grands colliers et des fleurs dans les cheveux. « Elle ne prendrait pas de la drogue en douce, Solange ? » N’importe quoi ! Elle se croit tout permis puisque c’est la fille du maire de Neuville, comme dire du mal de ceux qu’elle considère bien en-dessous d’elle et de sa famille au nom noble, de… Mais hier ce qu’elle m’a dit, si c’est vrai, m’a renversé.
  Il paraît que mon père aurait une liaison avec une infirmière de l’hôpital où il est chef de clinique. Une copine de la sœur de Marie, en consultation dans son service, aurait surpris le couple en train de s’embrasser dans un couloir. Depuis le bruit court chez les de… Mais pourquoi mon père irait-il voir une autre ? Je ne comprends pas. C’est qui cette femme ? Comment s’appelle-t-elle ? Si maman l’apprend, tout ira de mal en pis. Ce n’est déjà pas drôle chez nous.
   Tiens, pas plus tard qu’hier soir, je les entendais se chamailler dans leur chambre à côté de la mienne. Les disputes, je ne les supporte pas, mais alors pas du tout. Papa est jaloux de maman. Parce qu’elle est jolie, il croit qu’elle veut s’attirer les regards masculins. Moi je sais que ce n’est que pour lui qu’elle se maquille. Elle ne sort quasiment jamais. À l’occasion, il lui arrive de déjeuner avec ses amies. Mais papa pense qu’elles ont une mauvaise influence sur elle et la poussent à fréquenter des hommes, alors maman évite. Parfois j’arrive à me dire qu’il est fou, surtout quand il la bat. J’entends les coups, comme des claques. Et maman crie : « Non, Paul ! Je t’en prie. Aïe !... » Qu’est-ce que je peux faire, moi ? René ne vit plus à la maison. (C’est mon frère.) Il est à la fac à Paris. Puis sa chambre est plus loin. Il dort comme un loir quand il est chez nous. Je ne crois pas qu’il n’ait jamais entendu les parents se crier dessus. Il en a de la chance ! Mais comme moi, il a vu les yeux pochés de maman certains matins. « Qu’est-ce que je suis maladroite, dit-elle dans ce cas. J’ai raté la dernière marche de l’escalier de la cave. Je suis tombée, mais ce n’est rien. Juste un bleu, tu vois. » Oui maman, c’est ça. Mais je n’en crois rien. Au lieu de le lui dire, car je sais que cela la ferait davantage souffrir, je me tais. J’encaisse, comme elle les coups de papa. Pourtant, mon père a la réputation de quelqu’un de calme. Il ne boit pas, écoute avec attention et respect ses patients. S’ils savaient les gens… Il ne s’emporte en fait qu’avec maman. Quant à moi, il me rouspète parfois, mais ne m’a jamais battu.
   Pour mes douze ans, j’ai reçu un Opinel de mon parrain. Je l’adore. Je le porte toujours sur moi. Pratique à la cantine pour la viande. Les couteaux du collège ne coupent pas. Papa dit que c’est pareil avec ceux de l’hôpital. Certains malades ont leur propre canif ou couteau suisse. Ils ont bien raison. Moi je me dis que, si j’étais hospitalisé un jour, j’utiliserais mon Opinel. Et puis c’est génial pour se défouler : une branche de cerisier à tailler, le lancer de couteau dans le tronc du gros chêne devant la maison. Et des fois, quand je suis très en colère, je joue à l’assassin. J’empoigne mon Opinel par le manche, lève le bras comme Antony Perkins dans Psychose et feins de l’abattre violemment sur le bureau de ma chambre. Non, je ne suis pas méchant, mon cher journal, mais c’est ce que j’ai de mieux pour me soulager des disputes de mes parents.
   Enfin, demain je sors avec Solange. Tu ne peux pas savoir comme je suis heureux. Jusqu’à présent jamais nous avons été tous les deux seuls, face à face, les yeux dans les yeux. Enfants, c’était les anniversaires entre voisins. Nos mamans organisaient tout et qui devait venir. Maintenant nous choisissons nous-mêmes nos amis. Solange a ses copines. Je joue au foot dans l’équipe junior de Neuville. Je suis gardien de but. Ça me fait autant de bien que mon Opinel.
  J’ai dit : « Ose donc lui demander de sortir avec toi ! Elle te plaît, voyons. Si elle s’assoit toujours à côté de toi en classe, c’est qu’elle t’aime bien. En tout cas, si elle accepte, c’est dans la poche. Ose, Simon. Ose ! » Je suis mort de frousse, mais je l’ai fait. Et comme je m’en réjouis. A quinze ans, on peut bien avoir une petite amie…

(A suivre)

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Le fleuve rougit (chapitre premier - suite) corrigé

Ce jour-là, le professeur de français était absent. Toute la classe de troisième était en étude. Une surveillante lisait un livre. À gauche de Solange, contre la fenêtre entrebâillée laissant entrer le soleil d’une magnifique journée qui faisait regretter d’être enfermé en classe, Simon dessinait des caricatures dans un bloc de feuilles blanches. D’abord Marie la bêcheuse du premier rang qui faisait tout pour attirer l’attention des profs, avec des petits yeux bleus ronds, une bouche en cul de poule prétentieuse, un menton fuyant et de grosses taches de rousseur sous deux tresses d’un rouge flamboyant. On l’appelait La Rouquine au collège. « Tant pis si cela lui déplaît, elle le mérite. » pensait Solange. Puis sur une autre feuille, Simon s’attaqua à la pionne assise au bureau du professeur. Il accentuait, comme celle d’un lutin, ses oreilles pointues dépassant de sa chevelure longue et brune. Trop drôle ! Malgré ses regards en biais sur les œuvres de son voisin, Solange essayait de brouillonner une rédaction qu’elle devait rendre la semaine suivante, si toutefois le professeur revenait.
   Au bout d’une heure et quart, alors qu’elle se concentrait sur le développement de son sujet : « On interroge un retraité sur l’actualité. Il dit qu’il ne lit pas les journaux et ne possède ni télévision ni radio. Qu’en pensez-vous ? » [Toujours entendre les mauvaises nouvelles, guerres, catastrophes, polémiques etc., c’est fatigant à la longue. Mais écouter à la campagne les oiseaux piaffer, respirer l’herbe coupée, entendre tinter un clocher au loin, tout cela reflète le bonheur et la paix…], Solange reçut une boulette de papier de Simon. Elle la prit sur son cahier, la déplia et lut : «Veux-tu qu’on sorte ensemble samedi ? ». Elle se retourna vers lui, inspecta son visage boutonneux par l’acné, ses yeux derrière des lunettes rondes en métal, sa mèche de cheveux gras châtains tombant sur le côté droit du front, son sourire timide et quémandeur. Elle tourna un instant la tête vers la surveillante, toujours les yeux plongés dans sa lecture, et se demanda bien pourquoi cette invitation subite. Ce serait la première fois qu’ils sortiraient tous les deux seuls. Pourquoi ? Que lui voulait-il ?
   ─Alors ? fit Simon insistant.
   Il avait dû parler trop fort pour que la pionne lève la tête et dise :
   ─Qu’est-ce qui se passe ? Qui a parlé ?
   ─Personne, Madame ! osa répondre Simon.
  ─C’est Simon, Madame ! ajouta l’impertinente Marie.
   ─C’est pas vrai ! rétorqua Solange.
   ─Un peu de calme, voyons. C’est bon pour cette fois. Mais ne recommencez pas. Vous m’avez comprise ?
   ─Oui, fit en chœur toute la classe. Et la jeune femme aux oreilles de lutin reprit son livre passionnant.
    Pendant tout le reste de l’étude, Solange termina sa rédaction au sujet qui ne l’emballait pas beaucoup. Simon dut attendre sa réponse jusqu’à ce que sonne l’alarme de la fin de ce qui aurait dû être leur cours de deux heures de français.
   Il réitéra sa question à Solange.
   ─Alors ?
   ─C’est OK.
   ─Chouette ! s’exclama le garçon. Et il sortit dans le couloir en sifflotant d’un pas alerte et joyeux. Il était grand pour son âge, un mètre soixante-quinze. Le sport et les promenades en forêt avec son chien, un labrador noir, lui donnaient un air athlétique qui n’était pas pour déplaire aux adolescentes du collège. Mais son visage aux stigmates ingrats de l’acné occasionnait certaine réticence, ce qui contre toute évidence ne rebutait pas Solange.

(A suivre)

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25 octobre 2009

Recueil de nouvelles noires

Là, c'est du sérieux. J'en ai assez de me dire que je devrais finir ces nouvelles commencées il y a des années, certaines quasiment écrites mais complètement à revoir, d'autres ayant une version poétique (Le fleuve rougit), et encore... Je me suis récemment rendu compte que toutes ces nouvelles avortées avaient un corollaire entre elles. Dans toutes, les criminels n'étaient pas rattrapés par la justice, en tout cas pas de leur vivant. D'où l'idée de les rassembler dans un recueil. Mais pour cela il faut les écrire. J'aimerais qu'elles deviennent de courts romans plus que des nouvelles, c'est-à-dire un peu comme "Légendes d'automne" de Jim Harrison. Je m'explique, celles-ci sont comme des romans condensés, brefs mais complets. Et elles comportent une moyenne de cent pages chacune et une structure en chapitres, trois pour la plupart, se terminant par une postface. C'est ce que je voudrais faire pour ce recueil de quatre à cinq récits, mais sans le talent de l'auteur du Michigan (aujourd'hui au Montana) évidemment. Je l'intitulerai peut-être comme cette nouvelle à laquelle je m'attaque en ce moment, "Le fleuve rougit".
Il y aura des intrigues différentes les unes des autres. Un Serial Killer épris de couteaux et d'Opinel, un homme de loi retraité aux prises avec un démon du passé, l'histoire d'un mot de passe qui occasionne la folie d'un homme tout à fait normal et équilibré, une identité usurpée dans de cruelles circonstances et un accident de la route provoqué par la jalousie d'une personne à la poursuite d'un(e) rival.
Je suis maintenant à mi-parcours du premier chapitre de "Le fleuve rougit". Je viens de vous poster les deux premières pages. Bonne lecture !

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Le fleuve rougit (Chapitre premier) Corrigé

Solange vivait à Gretz, petit village de cinq cents habitants de Seine-et-Marne à une dizaine de kilomètres de Neuville où son père la conduisait, les jours de classe, au collège, puis regagnait Paris. Quatre-vingts dix kilomètres aller-retour, son trajet quotidien. Pas drôle quand il y avait grève des transports, ou quand le brouillard s’abattait sur une chaussée glissante de verglas en hiver. Pauvre papa ! Mais il allait à son travail sans se plaindre. Il fallait bien gagner de l’argent. « Cela ne fait pas vivre, l’art ! », lui disait son père quand il envisageait de devenir musicien. Pour avoir la paix, il fit des études de management bancaire et peu à peu gravit les échelons qui le menèrent au poste actuel de secrétaire général d’un groupe financier international. Cela lui permit de faire construire une grande villa en banlieue avec un parc. Un jour arriva un piano pour Solange qui montrait à huit ans les mêmes velléités pour la musique. Elle s’installa tout de suite sur le tabouret, mit les mains sur le clavier et enfonça au hasard les deux index sur les touches.
─Tu sais en jouer, Papa ?
─ Et comment ! Ses doigts étaient rouillés. Il réussit, cependant, à exécuter Rêveries de Robert Schumann. Plus tard sa fille jouerait ce morceau au cours d’un examen en candidat libre.    
  En septembre Solange irait au lycée, à condition d’obtenir le brevet en juin. Mais il n’y avait pas lieu d’en douter, c’était une bonne élève. Elle arrêterait ses cours particuliers de musique pour entrer au conservatoire de Neuville. Son père l’encourageait avec enthousiasme. Si elle voulait devenir musicienne, elle le serait. Surtout qu’elle ne soit pas malheureuse comme il le fut à son âge. Il avait conservé le douloureux sentiment d’avoir raté sa véritable vocation. Il fallait que Solange persiste dans ce qu’elle aimait. Sa mère, plus terre à terre, se retenait de dire son désappointement. Elle voulait sa fille indépendante, non comme elle aux crochets d’un époux, même si son mariage était heureux. Qu’elle ait au moins une chance de trouver un métier sûr, si son talent ne suivait pas ses aspirations.
   Pendant que sa mère s’inquiétait sur son avenir, Solange se demandait si Simon, qui vivait deux rues plus loin, irait au même lycée qu’elle.

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15 octobre 2009

Autoportrait (2ème partie)

« Un écrivain est peut-être toujours un passager clandestin. Caché, et très en marge. », Jim Harrison.

Je me ressens parfois telle une décalée

Incomprise par tous, à commencer par moi,

Et contrainte beaucoup à vivre recalée,

J’ai eu de mes échecs un douloureux effroi.

Je n’attends plus, voyons, une reconnaissance

Pour l’un de ces talents que je n’ai sus bâtir,

Mais il m’échoit toujours de mener l’existence

Que ma naissance a faite et que je dois subir.

Il faut bien être actif pour soi-même et les autres,

J’en conviens, croyez-moi, et pour cela j’écris.

J’extirpe ma tristesse en l’envoyant aux peautres

Pour conserver au moins la douceur d’un souris.

Tels qu’à tous, s’éteindra ma si banale vie,

Guère plus qu’un brouillon comme aujourd’hui ces mots.

Et jusqu’au bout j’aurai cette drôle d’envie

De la revivre au cours de nombreux jets normaux.

Bien sûr c’est infaisable et ma vie est unique.

Je m’impose quand même à toujours l’accepter.

Je me dis : « Vis pour toi. Ne sois pas si pudique.

Tu n’as pas cette dette ici-bas à payer. »

Qu’on prenne, si l’on veut, ce que je pourrai faire,

Si cela peut offrir quelconque réconfort.

Cependant si cela toujours vous indiffère,

C’est que je n’aurai pas fourni tout mon effort.

Je ne serai que ça, une pauvre timide

Que l’on dit parano, qu’on ne sait recevoir,

Une poétesse et écrivain insipide

Qui se fond dans la foule en tuant son espoir.

Ô jambes mortes, Ô poliomyélite !

Mais qu’importent alors ces vulgaires méfaits !

J’aurai vécu vraiment comme je le mérite,

Ni trop mal ni trop bien, revêtant mes effets

Médiocres. Mon âme, en s’étant mise à nue,

Partira toute seule et libre au Paradis

Ou l’Enfer, s’il en est. Une fois disparue,

Il ne restera rien des maux que je vous dis.

Mais sur Terre j’aurai connu aussi la joie

Au gré de la Nature, et de l’Art, de l’Amour…

Qu’on fasse, à cette mort, un grand feu qui rougeoie

Sur des bouches chantant au rythme d’un tambour.

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Autoportrait (1ère partie)

Poème en deux partie que j'adresse surtout aux gens qui n'ont pu ni ne peuvent me comprendre, dont cet "ami perdu" et ceux de sa famille que j'ai tant agacés et qui jamais sans doute ne me pardonneront...

***

« Je me peins parce que je suis très souvent seule, parce que le sujet que je connais le mieux, c’est moi-même. », Frida Kahlo.

Il fait bien mal de vivre en cette terre impure

Où l’homme se démène en multiples dénis,

Où l’on s’emporte tant à chaque forfaiture :

Un artiste repris par des faits impunis,

La sexualité de certain journaliste

De télévision, d’envoyés outragés.

Et je ne fais aucun cas de la longue liste

Des catastrophes dont nous sommes ravagés…

Rare est le dénouement heureux qui s’abandonne

À la Une de tous les mondiaux journaux.

Rare est conté l’effort de l’acte qui couronne

La générosité de simples gens normaux.

Et ce n’est que souffrir en vain pour ces nouvelles,

Comme ça l’est pour soi lorsque plus rien ne va.

Mais il faut bien lutter pour nos rêves rebelles,

Et pour lancer au vent au moins un seul viva.

Pourquoi donc épouser l’opinion commode

Que nourrissent souvent les clichés rebattus ?

Pourquoi nous obliger à poursuivre son code ?

J’en ai l’intégrité et le cœur abattus.

Qu’elle est la vérité ? Est-elle différente

De ce qu’on nous fait croire et nous donne en reflet

De la réalité plus ou moins inquiétante ?

Pour ne plus regarder vers un avenir laid,

Je lis un bon roman ou écris un poème,

J’écoute un cher CD de blues ou de tango,

Je m’adonne au plaisir d’une vie de Bohème

Et je peins sur le monde un ciel bleu indigo.

Je revis au soleil et meurs avec la pluie.

Rapides sont mes mots, lumineux ou brumeux.

Dans ma bouche, ils ne sont qu’objet de fâcherie.

Rassemblés sur papier, ont-ils d’autres enjeux ?

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14 octobre 2009

Radios espagnoles sur Internet

Pour les visiteurs de cette catégorie, j'offre ce lien d'une longue liste de radios d'Espagne sur Internet qu'on peut écouter en direct. Il existe aussi d'autres listes de pays hispanophones sur le site...

http://fr.delicast.com/radio/Espagne/

En haut à droite, il y a un lien pour la télévision, s'en suit toute une liste de chaînes locales et autres...

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05 octobre 2009

Hommage à Mercedes Sosa

J'ai appris son décès ce matin à la radio. Elle avait 74 ans. L'une des plus belles voix d'Amérique latine.

"Ay, este azul"


Mercedes Sosa "Ay Este Azul"
envoyé par chilerusia. - Clip, interview et concert.

"Gracias a la vida"


Mercedes Sosa - Gracias a La Vida (Violeta Parra)
envoyé par btayeb. - Films courts et animations.

Une très belle chanson de l'auteur de la Misa Criolla Ariel Ramirez... "Alfonsina y el mar"

Posté par Marygrange à 17:53 - Regards - Commentaires [2] - Permalien [#]

01 octobre 2009

« En marge », de Jim Harrison

Un livre autobiographique où l’auteur se met à nu avec grande sincérité et humilité. Une philosophie abordée parfois avec humour, qualité indéniable d’un écrivain talentueux.
L’ego d’un aficionado de l’écriture comme moi reçoit, à sa lecture, une claque et une leçon : « mais par bonheur mon éducation me prémunissait contre l’importance ou la vanité, qui est le revers indissociable de l’apitoiement sur soi ».
Ainsi j’ai appris à quel point il faut lire et étudier pour s’adonner véritablement à l’écriture. Combien sont primordiales les expériences de vie, sans forcément tomber dans les excès. Ça a été le cas de l’auteur qui maintenant s’est dégagé de ses dépendances. Dorénavant il privilégie ses longues promenades à pied avec ses chiens en s’asseyant parfois sur une souche d’arbre pour méditer. Il faut s’emplir d’images et de sensations afin d’élaborer les moult détails d’une fiction. Le contact avec la nature les apporte si bien, mais pas seulement.
Les voyages au Canada, en France, Au Mexique, au Brésil… de Jim Harrison, ainsi que ses lieux de vie : sa ferme et sa retraite en rondins du Nord-Michigan, sa « casita » à la frontière mexicaine, sa famille pauvre et cependant cultivée (son père aimait les mots et l’encourageait à écrire, tandis que d’autres bloquent les rêves d’avenir de leurs enfants), ses amis littéraires et artistes, d’autres gens encore ont façonné et alimenté copieusement son talent de romancier et de poète.
On découvre ses origines, son œil abîmé, ses chiens, « l’amour romantique » et durable de son épouse, ses deux filles dont une écrit des romans dans le Montana près de qui maintenant le couple réside, sa passion pour la gastronomie, la nature, la pêche et la chasse, le strip-tease, son attache à la France, ses itinéraires en voiture à travers les Etats-Unis, Hollywood, son goût profond pour la littérature dont la poésie qui l’a conduit vers le scénario et le roman, sa « religion privée », sa relation avec les Autochtones américains… Un homme et un écrivain qui sait appréhender son art : « Tous les éléments d’une culture complotent contre le développement de l’individu artiste qui a été assez téméraire pour se mettre en marge afin de répondre à ce qu’il croit être sa vocation ».
Mais si vous n’avez pas lu de livres de Jim Harrison, avant « En marge » lisez quelques unes de ses œuvres. Pour ma part, c’était « Dalva » et sa suite « La route du retour », « Légendes d’automne » et « Nord-Michigan ». Maintenant j’ai hâte de lire deux recueils de poésie traduits en français et ses premiers romans « Wolf » et « Un bon jour pour mourir ». Pour l'heure je garde précieusement l’enseignement de « En marge » dans ma tête d’aficionado de l’écriture.
Je tiens à remercier Jim Harrison et tous les auteurs qui comme lui nous font partager le monde secret de l’écriture et de leur vie, ainsi que l’intelligence de leurs œuvres. Avec eux nous ne pouvons que progresser.

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28 septembre 2009

Samantha Geimer et l'affaire Polanski

Roman Polanski vient d'être arrêté en Suisse pour une histoire d'abus sexuels vieille de plus de trente ans aux Etats-Unis, un pays qui ne connaît pas la prescription sur des crimes impunis vieux de plusieurs décennies. Il ne m'appartient pas ici d'apporter un jugement quelconque sur la culpabilité du cinéaste ni sur les raisons qui ont poussé les Suisses à agir de cette manière avec lui. Mais je pense à Samantha Gailey, devenue Geimer en se mariant.
Elle a une vie tout à elle à ses quarante-cinq ans. Elle s'est remise des faits puisqu'elle a dit qu'elle les pardonne. Pourquoi la justice américaine devrait-elle rouvrir les plaies du passé de cette femme sans faire cas de son désir de tourner la page ? Moi je sais que je n'aimerais pas refaire un travail de mémoire pénible et douloureux à sa place. Au procès, s'il avait lieu, je ferais en sorte que les juges m'écoutent. Car il devrait être pour moi et non pour satisfaire un obscur sentiment de vengeance d'un juge, lié à la fuite de l'accusé en 1978, et de l'opinion publique. Un artiste, pour calmer je ne sais quels démons intérieurs ou pour activer son imaginaire afin de créer, souvent s'adonne à l'alcool, au sexe et aux drogues. Il tombe dans des crises de désespoir, des dépressions, mais un jour il refait surface et se repent. Cela ne pourrait-il pas être le cas pour Roman Polanski ? Je crois que Samantha Geimer l'a compris en lui pardonnant. Sans doute a-t-elle une sensibilité qu'un homme de loi ne possède pas ni l'opinion publique. Sans doute a-t-elle fini un jour par penser à Sharon Tate enceinte assassinée par les démoniaques de Charles Manson et à ce que cela a produit sur l'esprit de son époux Roman Polanski, au point de le pousser au pire un jour sur elle.
Ce matin, j'écoutais l'émission "Si bémol et fadaises" de Pierre Bouteiller sur TSF Jazz. J'aime beaucoup ce journaliste qui en début d'antenne fait cas de l'actualité en donnant son opinion toute personnelle avec son brin d'humour qui le caractérise. Alors, évidemment, aujourd'hui il a parlé de l'arrestation de Roman Polanski en Suisse, et il a eu cette petite phrase "Il vaut mieux s'appeler Jackson que Polanski". Michael Jackson, on ne pourra plus s'attaquer à lui pour ses prétendus actes de pédophilie. Il est mort ! 
Je ne comprends pas l'acharnement de cette justice d'un pays pas si exemplaire que ça puisqu'il perdure la peine de mort. Pourtant je l'admire notamment pour ses écrivains contemporains. Je rêve de connaître les Etats-Unis un jour.
Mais je condamne, n'ayez crainte, tout acte de violence et de pédophilie, tous les crimes. Cependant je fais cas de l'opinion d'une femme qui aujourd'hui veut oublier d'avoir été un jour une victime et pardonne à son agresseur. Elle est en droit de le faire et on se doit de l'écouter. C'est pour elle que je parle plus que pour défendre Roman Polanski.

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12 septembre 2009

"Le cri du silence" de Zoubida Touarigt

Je voudrais vous parler d'un ouvrage particulier qui m'est cher et m'a fort émue tant il est criant de vérité, croyez-moi. C'est le témoignage d'une jeune femme atteinte du "locked-in-syndrome", un état physique révélé par "Le Scaphandre et le Papillon" de Jean-Dominique Bauby qui en était frappé des suites d'un AVC (accident cardio-vasculaire). C'est un blocage complet de la personne selon la gravité du cas et sa récupération très lente...
Zoubida Touarigt, que je connais depuis mes derniers séjours à l'Hôpital Maritime de Berck-Sur-Mer où elle est résidente depuis plusieurs années, a été frappée par un AVC en 2003. Dès lors, paralysée des quatre membres, trachéomisée mais ayant pu s'affranchir des appareils respirateurs, elle ne peut plus parler, juste un filet de voix qui coûte à entendre aux personnes non habituées aux aphasiques, j'ai souvent regretté mon incapacité à cela. Mais son visage est des plus expressifs, toujours souriante, traits détendus lui procurant l'apparence d'un âge en-dessous du réel. C'est peut-être pour cette raison qu'on a un peu trop tendance à la tutoyer. Puis sur Internet j'ai été étonnée d'apprendre son métier de journaliste (comme Jean-Dominique Bauby), et ses études universitaires qui ne sont apparemment pas prises en compte par ces soignants qui tendent à l'inférioriser au vu de son handicap. Comme si tout était inerte, paralysé chez une personne comme elle, l'intellect aussi. Je vous assure qu'à la lecture de son texte on se rend compte que non.
Etant totalement paralysée, vous vous demanderez "Mais comment l'a-t-elle écrit son livre, si elle ne peut pas utiliser ses mains ?". Eh bien la technique peut faire des miracles. Zoubida bouge parfaitement sa tête et se sert tout simplement de son menton. Je savais qu'elle est une bonne conductrice de son fauteuil électrique (bien meilleur que certains qui manipulent le leur avec une main) au moyen d'une boule enveloppée d'un tissu, juste placée devant son menton. Une très sympathique ergothérapeute, que je connais aussi et apprécie, lui a confectionné un système similaire attaché à un clavier d'ordinateur. Et c'est ainsi qu'elle a écrit son livre "Le cri du silence", très court mais éloquent. Ce qu'elle dit suffit pour se faire une idée du handicap qu'elle porte et des conditions dans lesquelles vivent, dans cet hôpital impersonnel d'une région les plus froides de France et venteuses, ces personnes qui malgré elles y ont élu domicile depuis de nombreuses années. Difficile de leur trouver un logement social ou un foyer, ou bien encore une maison de retraite. Sans l'amour d'une famille, tout part en vrille...
On pourrait appuyer ses dires de nombreux témoignages qui vous surprendraient. Peut-être qu'un livre plus complet pourrait réveiller les gens sur cette situation, s'il pouvait se concrétiser et se faire éditer par un bon éditeur. Car tout ce que dit Zoubida, je peux vous assurer que c'est vrai. J'ai pu le vérifier sur place de la bouche d'autres habitants des lieux. Mais il n'y a pas que des résidents de longue durée dans cet hôpital, aussi y viennent faire de courts séjours de convalescence d'autres handicapés et des cures d'amincissement les personnes obèses avec ou sans handicap. Il n'est pas très simple non plus pour un tel hôpital de gérer tous ces patients très nombreux avec des moyens et des effectifs réduits à cause sans doute de l'état des fonds de la Sécu. Il faut peut-être essayer de moins y aller, j'y pense pour moi...
Zoubida compare l'hôpital à une prison tout en évoquant la non culpabilité des handicapés. Ils ne purgent pas de peine, mais combien de parents, d'amis leur ont tourné le dos. Alors ils se résignent, ou pêtent un plomb comme cet homme qui boit de la bière dans son fauteuil roulant parce que sa famille ne veut plus qu'il retourne chez lui, je l'ai souvent vu faire. Tandis que Zoubida résiste, au point un jour de se mettre à crier de toute la force de son silence, et se relie au monde avec Internet et une association qui sait l'écouter. Si je reprends l'image du "Scaphandre et le Papillon", je dirai que le papillon de Zoubida est sorti de sa chrysalide. Il se libère des murs rouges de l'Hôpital Maritime de Berck pour nous toucher de ses ailes à la lecture de ses mots, pour nous dire qu'en ces lieux il y a des gens du personnel formidables et dévoués. Zoubida aime faire la part des choses. Mon seul regret est sa pudeur a nous en dire davantage sur elle, sa vie, ses relations, sa famille, son métier. Mais ce doit être pénible d'écrire avec un menton et sans doute pas tout le temps qu'on aimerait. J'ose croire qu'un jour elle pourra exaucer son voeu d'utiliser au moins une main...
"Le cri du silence" peut se télécharger en pdf. Il suffit de cliquer sur le lien du titre dans la page de l'Association ALIS (pour laquelle aussi Zoubida écrit des articles sur la vie de l'hôpital, ses manifestations culturelles etc.) que je vous donne ici :

http://alis-asso.fr/ewb_pages/l/livres_et_films.php

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10 septembre 2009

Ajout du blog "Les démêlés de l'âme"

Je viens tout juste de créer un nouveau blog. Il fait suite à ce qui s'est passé sur un site très couru que je peux nommer tout compte fait, TLP. Pourquoi le cacher ? D'autres ne se sont pas privés de le critiquer en créant de nouveaux forums à se voir floués ou obligés de payer pour continuer de publier (il existe aussi une exonération).
Oui, il faut payer maintenant juste pour le droit de publier et faire protéger ses textes, pas pour les autres fonctionnalités. J'avais voulu ouvrir ce nouveau blog chez eux, mais je n'ai plus trouver la fonctionnalité de le créer. Lorsqu'on va aux blogs poétiques, on ne trouve que la liste des blogs et rien d'autre. Donc je me suis repliée sur mon bon vieux Canalblog qui est simple d'usage et ne me fait pas défaut.
Voilà où j'en suis. J'essayerai de ne pas prendre ombrage dans ce que j'écrirai sur ce nouveau blog du type de Journal Intime. Je serai franche, mais tendrai à être claire et juste. Pas rancunière, même si les rancoeurs me rongent encore l'esprit. Et si je peux, je privilégierai l'humour ou la dérision.
Le lien se trouve dans "Autres blogs", mais je vous le donne ici :

http://marygrangebea.canalblog.com/

Je commencerai à le remplir dans la journée sans doute. Ce sera comme ça me vient sans le filet du brouillon, mais je saurai corriger mes erreurs le moment venu...

Cela ne m'empêchera pas de continuer à écrire ici d'autres choses comme toujours, et même si je me fais rare.

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04 septembre 2009

Au cybercafé

Site d’Internet
Spécifique de rencontres.
Une courte annonce ;
Un homme la voit, répond,
Curieux de savoir qui c’est.

Suivent des messages.
Affinités culturelles.
Rencontre prévue.
Le jour vient. Il se prépare
Et languit de la connaître.

Fard sur les paupières.
Gloss aux lèvres. Blush aux joues.
Tenue impeccable.
Elle hésite à y aller.
Lui plaira-t-il seulement ?

Au cybercafé
D’un boulevard parisien,
La femme l’attend.
Il la reconnaît, heureux
Qu’elle soit comme décrite.

Un jeune à côté
Converse dans un micro
Avec écouteurs.
Ils consomment un café.
Ses yeux étonnent la femme.

Le type à côté
Retire son micro-casque,
Fin de connexion.
L’homme voudrait que la femme
Le suive jusqu’à chez lui.

Ils règlent la note,
Quittent le cybercafé.
Arrive un taxi.
La femme, soudain, a peur.
Elle ne sait pas pourquoi.

Un immeuble ancien
De l'avenue Gambetta.
Devant, ils s’arrêtent.
« Pourquoi tremblez-vous ? », fait l’homme.
Elle esquive la question.

Spacieux hall d’entrée.
Bacs de plantes, un tapis
Rouge sur les marches.
Finalement, elle suit.
Quelque chose en lui fascine.

Riche appartement.
Table basse, deux fauteuils,
Divan. Ils s’assoient.
Ils se parlent face à face.
« Je vous aime », lui dit-il.

Le dîner est prêt :
Saumon, riz, salade, vins,
Et pour dessert glace.
L’homme se lève de table.
Il s’approche. Elle résiste.

Mains serrant son cou.
Peau meurtrie. Étouffement.
Elle s’évanouit.
Soudain on sonne à la porte.
Soulagée, elle revit.

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29 juillet 2009

La hache musicale (version poétique de la nouvelle)

Dernier accord mineur.
Il pose son stylo,
Place la partition
Dans un tiroir de meuble.
Il la trouve jolie
Cette composition.
Toutes le sont pour lui,
Mais aucune ne plaît
Aux maisons d’édition.

Sa pensée, soudain, dit :
« Arrête ça, voyons !
Ne te fatigue pas.
Cela ne sert à rien. »
Peut-être. En attendant,
Il lui prend une envie
Qui est plutôt étrange.

***

Dans le fond du garage,
Entre deux vieux cartons,
Il rencontre une hache.
Il essaye son fil
Sur l’un des cartons vides.
« Ça fonctionne ! » Il retourne
À son maudit studio.
Il dépose à l’entrée
L’instrument destructeur,
Et prend un feutre rouge
Pour biffer chaque page
Des livres, partitions…
Puis il reprend la hache.
Alors, furieusement,
Il abat tous les meubles
Dont ses chers instruments
De musique. On entend
Les vagissements fous
D’un piano qui se meurt !

***

Craignant pour sa vie ou
Celle de quelqu’un d’autre,
Il laisse là la hache
Et file vers l’entrée,
Saisit son pardessus
Et sort toute la nuit.

***

C’est un matin d’hiver.
Le soleil vient de poindre
Sur un jardin public.
Un homme est affalé
Sur un banc, endormi.
Le jour alors l’éveille.
Saisi de froid, il glisse
Les mains au fond des poches
D’un manteau gris épais.
Il touche, dans la droite,
Un objet métallique.
C’est un harmonica.
« Tiens, ça alors…, dit-il.
Il a échappé à
Ma furie d’hier soir ! »
Tout machinalement,
Il le porte à ses lèvres
Et se met à jouer

Son dernier rejeté
Blues. Les gens d’alentour
S’approchent de son banc.
Ils l’écoutent émus,
Et, à l’ultime accord,
Au grand étonnement
De ce compositeur
Hier désespéré,
L’applaudissent très fort
Et lui lancent des pièces.
L’homme au pardessus gris
Range l’harmonica
Dans sa poche et salue
Le public. Il ramasse
Son tout premier cachet,
Puis rentre en paix chez lui.

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