Comme une bouteille à la mer

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15 octobre 2009

Autoportrait (2ème partie)

« Un écrivain est peut-être toujours un passager clandestin. Caché, et très en marge. », Jim Harrison.

Je me ressens parfois telle une décalée

Incomprise par tous, à commencer par moi,

Et contrainte beaucoup à vivre recalée,

J’ai eu de mes échecs un douloureux effroi.

Je n’attends plus, voyons, une reconnaissance

Pour l’un de ces talents que je n’ai sus bâtir,

Mais il m’échoit toujours de mener l’existence

Que ma naissance a faite et que je dois subir.

Il faut bien être actif pour soi-même et les autres,

J’en conviens, croyez-moi, et pour cela j’écris.

J’extirpe ma tristesse en l’envoyant aux peautres

Pour conserver au moins la douceur d’un souris.

Tels qu’à tous, s’éteindra ma si banale vie,

Guère plus qu’un brouillon comme aujourd’hui ces mots.

Et jusqu’au bout j’aurai cette drôle d’envie

De la revivre au cours de nombreux jets normaux.

Bien sûr c’est infaisable et ma vie est unique.

Je m’impose quand même à toujours l’accepter.

Je me dis : « Vis pour toi. Ne sois pas si pudique.

Tu n’as pas cette dette ici-bas à payer. »

Qu’on prenne, si l’on veut, ce que je pourrai faire,

Si cela peut offrir quelconque réconfort.

Cependant si cela toujours vous indiffère,

C’est que je n’aurai pas fourni tout mon effort.

Je ne serai que ça, une pauvre timide

Que l’on dit parano, qu’on ne sait recevoir,

Une poétesse et écrivain insipide

Qui se fond dans la foule en tuant son espoir.

Ô jambes mortes, Ô poliomyélite !

Mais qu’importent alors ces vulgaires méfaits !

J’aurai vécu vraiment comme je le mérite,

Ni trop mal ni trop bien, revêtant mes effets

Médiocres. Mon âme, en s’étant mise à nue,

Partira toute seule et libre au Paradis

Ou l’Enfer, s’il en est. Une fois disparue,

Il ne restera rien des maux que je vous dis.

Mais sur Terre j’aurai connu aussi la joie

Au gré de la Nature, et de l’Art, de l’Amour…

Qu’on fasse, à cette mort, un grand feu qui rougeoie

Sur des bouches chantant au rythme d’un tambour.

Posté par Marygrange à 20:26 - A moi-même - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

Un autoportrait sans doute réaliste, mais un peu noir quand même. Il y a dans ces mots à la fois la douleur, l'espoir, la résignation, l'envie d'aller de l'avant, ...une vie quoi. La tienne, en l'occurrence, que tu nous tisses à travers ces alexandrins. Est-ce vrai que les paroles s'envolent avec le temps et que les écrits restent ? Si tel est vraiment le cas, ces mots apposés ici comme dans tes livres te survivront sûrement. Quoique nous n'en sommes pas encore là, tu as encore d'autres matins à contempler, d'autres soirs à raconter... Je sais que tu es une battante, je ne me fais donc pas de souci.

Merci pour ces quelques lignes émouvantes mises en vers.

Bises
NH

Posté par Nhand, 16 octobre 2009 à 19:04

Il m'est venu comme ça l'autre soir, mercredi (jusqu'à trois heures du matin). Puis hier je l'ai retravaillé et corrigé encore aujourd'hui, les rimes...
Cela fait longtemps que j'ai la drôle d'idée d'un enterrement musical, mais évidemment je ne le saurai pas. C'est cela que je voulais surtout dire. Puis, j'ai eu une dispute avec quelqu'un de proche il y a quelques temps, qui me disait :" Oh toi, il faut qu'on te dise que tu es bien, que tu as du talent !...". Cela m'a conditionnée à réfléchir sur la question, et ce poème est en quelque sorte la résultante de tout cela. Mais je compte bien avoir des années à vivre devant moi. J'ai plein de choses encore à découvrir et à faire...

Bises à toi, NH, et merci encore !

Béa

Posté par marygrange, 16 octobre 2009 à 20:18

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