12 novembre 2007
Fantaisie d’un soir lunaire (rimes libres)
La forêt, en vain je la visite,
Scrutant le sol, tandis qu’autour de moi s’agitent
Des papillons de toutes formes et couleurs.
J’écoute la rivière, dans sa rumeur
Qui me chante : « il est venu hier. ».
Mais aucune trace d’homme, que de la boue et d’hostiles pierres.
J’ai aperçu, par ma fenêtre,
La chimérique ombre d’un être
Sur le mur d’en face, un soir lunaire.
Il s’est arrêté et a regardé l’austère
Immeuble dans lequel je vis,
Puis il est reparti.
Le lendemain matin, j’ai traversé la route,
J’avais comme un doute.
Une série de pas longeait l’endroit
Où était figée l’ombre, la veille. Un effroi
M’a assaillie. Les empreintes étaient semblables
Au souvenir ineffable
De celles que tu avais laissées
Derrière nous, dans le passé…
Te reverrais-je flâner demain,
En face, près du mur des voisins ?
Oserais-tu passer la route
Et, quoiqu’il t’en coûte,
Sonner à ma porte ?
Mon Dieu, voilà que je m’emporte
A un fol espoir stérile,
Sans lendemain. Je sais, c’est inutile !
Probablement était-ce l’ombre d’un quidam
Cherchant, dans la rue, le fantôme d’une femme.
13 décembre 2006
Le Père Noël des étoiles (conte de Noël)
Mai 2064.
Ils avaient repéré sur les émissions d’archives de télévision terrienne, qu’ils captaient depuis quelques décennies, que les Hommes utilisaient un chiffon blanc en signe de paix ou de reddition. Ils raffolaient des Westerns. Ils ne recevaient pas la télé actuelle. Ils en étaient à capter celle des années 2000, mais ils conservaient les films avec John Wayne avec dévotion et tout ce qui avait trait aux guerres entre les Indiens et les Blancs… Le Chef fait donc porter par tous les membres de l’équipage et lui-même un carré blanc en tissu translucide en signe de paix pour descendre du transporteur spatial.
La police cerne l’engin ovoïde et blanc phosphorescent.
De mémoire d’homme, on n’avait jamais vu ça, des petits humanoïdes à la peau bleu pâle et au crâne surdimensionné avec au milieu, depuis les sourcils jusqu’à la nuque, une raie noire. Ils portent une tenue grise métallisée brillante, une ceinture blanche et autour du cou un collier avec un pendentif qui s’allume rouge quand ils parlent, plus tard on saura que c’est un traducteur. Cela leur donne un ton de voix métallique comme les robots des vieilles séries de Science Fiction du 20ème Siècle.
Devant la Maison Blanche où ils venaient d’atterrir, le Chef s’adresse aux policiers.
─ Mon nom est Karak, Chef de Boro, première lune de Karmania, planète principale de la Fédération C10, notre étoile, à deux années lumière de celle que vous appelez Alpha Le Centaure. Nous sommes pacifiques. Nous voulons vous connaître mieux pour échanger nos technologies contre vos cultures. On sait qui vous êtes car on vous observe depuis chez nous. Nous désirons parler au Grand Chef du monde, celui que vous appelez Le Président.
Le Porte-parole de la Maison Blanche est alerté immédiatement. Il vient voir les intrigants individus avant d’avertir le Président. Il ne s’agirait pas de le déranger à cause d’une blague de mauvais goût, voire d’un possible coup d’Etat pour prendre les lieux et kidnapper ou pire tuer le Chef de l’Etat.
Il demande à l’être qui dit s’appeler Karak s’il peut toucher sa peau, afin de voir s’il ne s’agit pas d’un déguisement. L’individu consent et tend sa main gauche à six doigts. Rien que ce nombre de doigts fait preuve de l’origine non humaine de l’individu. Mais le Porte-parole va jusqu’au bout de son exploration, il frotte la peau pour vérifier si elle n’est pas peinte et la pince. L’extraterrestre émet un petit cri aigu. Apparemment il n’y a pas de déguisement, les êtres sont authentiques. On organise une investigation de l’intérieur de l’engin par des inspecteurs du FBI. Ils en reviennent abasourdis. Pas d’instruments de navigation ni s’approchant un tant soit peu des nôtres.
Le Chef est conduit jusqu’au bureau présidentiel. Pendant ce temps, un agent de presse présent sur les lieux téléphone à plusieurs médias sur son portable vidéophone en retrait de l’agitation occasionnée par l’étrange visite.
─ Il y a souvent eu des contacts extraterrestres, ou supposés l’être, avait-il dit plus tard à la télévision. Je ne voulais pas qu’on perde ce scoop ou qu’on nous cache la vérité. Il fallait agir au plus vite. Heureusement que le Chef des Karmans soit resté longtemps à parlementer avec le Président, cela a permis aux caméras de filmer l’engin et ses habitants. On ne pouvait plus nous cacher l’extraordinaire nouvelle.
─ Mais je ne suis pas le Chef du monde, insiste le Président. Je ne suis que le Président des Etats-Unis d’Amérique, Edward Kent. La Terre est pleine de pays et de gouvernements.
─ Oui, je sais cela. Je connais votre télévision, les chaînes du monde entier arrivent sur Karmania et sur toutes les stations de la région C10. Mais nous savons que votre pays est le plus puissant et il décide pour bon nombre de peuples de la planète.
─ Pas exactement. Nous prenons des décisions, faisons des lois communes, mais démocratiquement. Les pays se concertent dans les chambres de députés et votent. Les lois et les décisions obtenant le plus de voix sont alors décidées.
─ C’est équitable. Nous avons aussi ce genre de système que vous appelez démocraties.
─ J’en suis heureux. Dites, Chef Karak, aimeriez-vous séjourner chez moi, ici à la Maison Blanche pour que l’on fasse plus ample connaissance ? Il est évident que tout votre équipage sera bienvenu en ces murs avec vous.
C’est ainsi que les Karmans furent les hôtes du Président des Etats-Unis durant un mois pendant lequel les extraterrestres furent examinés sur leur personne par des équipes médicales les plus diverses, et aussi leur vaisseau spatial. Ils furent également interviewés par les médias du monde entier. C’était la reconnaissance officielle d’une vie ailleurs dans l’espace.
Le Chef Karak avait promis des échanges scientifiques contre des culturels. Ce fut le cas. Ils connurent les arts de tous les temps et origines, tandis qu’on apprenait à reproduire leur vaisseau et son énergie d’antimatières permettant de propulser leurs machines volantes à des vitesses dépassant plusieurs fois celle de la lumière. Puis des traducteurs karmans furent créés dans toutes les langues et distribués aux quatre coins de la Terre. D’autres Karmans vinrent de toute la région C10 et peuplèrent pacifiquement le monde en prenant les us et coutumes de leurs amphitryons allant jusqu’à s’habiller pareil.
Novembre 2079.
Olaf joue aux guerriers intergalactiques avec les vieux jouets de son grand-père Suédois qui s’appelait Olaf comme lui. Il n’entend pas les bruits de pas et de voix dans les couloirs de la station B24 tant il est absorbé par la guerre qu’il s’est créée. R2D2 arrive…
Cela fait 15 ans que les Karmans cohabitent avec les Humains. Olaf connaît bien l’histoire de leur arrivée sur Terre racontée par ses parents et son maître d’école de la station…
L’enfant de 7 ans mi-Karman par son père, mi-Suédois par sa mère, portant des cheveux blonds scandinaves et une petite lance brune entre les sourcils, une tête de taille quasi humaine et une peau blanche au reflet légèrement bleuté, laisse tomber R2D2, quand le Chef Karak fait irruption dans la pièce.
─ Arrête de jouer, Olaf, nous partons ! Tu avais oublié ?
─ Non, père. Mais c’est qu’ils sont supers les jeux terriens. J’ai fait une bataille entre Chewbacca et Han Solo contre Bossk. A l’instant R2D2 entrait en scène… Je n’ai pas vu le temps passer.
─ C’est bien, mon fils. Dans quelques temps tu connaîtras des jouets que tu n’as jamais vus. Va te préparer. Tu as fait tes bagages ?
─ C’est prêt, père.
C’est le premier voyage que fait la famille vers la planète paternelle du jeune adolescent. Malgré son jeu qui le captive, il n’a qu’une hâte c’est de prendre le vaisseau karman du Chef Karak avec ses parents et partir connaître ses cousins et oncles et tantes dont lui a souvent parlé son père. Mais sa mère, Ingrid, originaire de Uppsala près de Stockholm, est un peu rétive de quitter la station jupitérienne B24 et surtout son pays où elle retourne presque tous les étés pour les vacances et voir le soleil de minuit qu’apprit à aimer aussi son époux. Mais Karak vient de la région nordique de Karmania et en bien des points elle ressemble à la Suède. Ingrid ne sera pas trop dépaysée. Puis elle sait un peu le karman, son mari lui a gentiment enseigné quelques expressions. Cela dit, elle préfèrera se fier à son traducteur qu’elle porte comme lui autour du cou.
Karak la rassure dans le transporteur.
─ Je ne vous quitterai pas d’une semelle, Ingrid. Ce sont des vacances, je ne viens pas en Chef cette fois. On a élu un autre à Boro. Aujourd’hui, je travaille pour les Hommes. J’aide à la construction des vaisseaux spatiaux qui permettront le commerce entre les deux mondes. Maintenant je suis Chef honorifique sur Karmania. Tu seras bien chez nous. Il fait le même climat dans ma région du Nord qu’en Suède, tu verras…
─ Si tu le dis.
─ Puis nous reviendrons.
─ Je sais bien, Karak. Je te fais confiance.
─ Et Olaf pourra jouer avec ses cousins. Il y en a un qui a le même âge. Il a les mêmes yeux.
─ C’est qu’Olaf a tes yeux, mon chéri, grands et vert d’eau pâle. Mais il a des cils tout blonds, héritage humain.
─ Oui, et il a cinq doigts aux mains, mais six orteils comme nous.
─ Etrange, non ?
─ Oui, mais il est beau notre fils. Et il te ressemble. Il a tes cheveux et est déjà plus grand que moi. Je crois bien qu’il aura ta taille humaine.
─ Peut-être…
Deux mois plus tard, le vaisseau karman se pose sur Karmania à la pointe Nord du continent 1. C’est l’hiver. Et c’est vrai, c’est comme les pays nordiques de la Terre. De la neige partout, des lacs gelés, des chalets en bois du pays, des arbres s’apparentant aussi aux conifères terrestres, des fjords sur la mer, des traîneaux à moteur glisseurs comme les anciens aéroglisseurs sur la Terre. La mère d’Olaf se sent apaisée par tant de similitudes avec chez elle. Et son fils s’éclate avec son cousin Otok, celui qui a son âge et ses yeux, à descendre les rues du village karman dans de curieuses luges en méthane toutes brillantes. Sur Karmania bien des choses brillent comme les justaucorps des gens… Puis arrive le Jour de Kapak, la fête de l’hiver. Elle annonce la naissance du Grand Chef Bienfaiteur Kapak, celui qui pacifia toute la région de l’étoile C10 en créant une Fédération des planètes, et fit de la planète Karmania la Capitale avec ses six lunes dont Boro que dirigea dix ans durant le père d’Olaf.
C’est la fête des enfants, tous seront couverts de cadeaux à trois heures du matin, heure karmanne qui équivaut à trois heures cinquante sur Terre, l’heure karmanne durant 70 minutes des nôtres. La distribution aura lieu autour d’un pilier lumineux et scintillant en forme de pyramide que tous les habitants karmans installent chaque année dans la pièce centrale de leurs maisons tenant lieu de salle de réunion et de repas.
─ Oh, père, c’est comme Noël !
─ Oui, mon fils. C’est notre Noël karman.
─ Mais les Karmans n’ont pas de Père Noël !
─ Détrompe-toi, Olaf. On raconte que le Bienfaiteur Kapak est devenu Eternel. Et tous les ans il se matérialise et fabrique un mois avant Kapak des jouets pour tous les enfants des planètes de C10. Il souffle dans une grande corne de Bulluk, un genre d’éléphant qu’on trouve dans le continent central de Karmania, le Continent 3. Le son ne s’entend que des Piruks, des tout petits hommes bleu foncé qu’on ne voit jamais et vivent dans les grottes. C’est le seul moment où les Piruks sortent dehors et vont rejoindre Kapak dans son île au Sud du cinquième continent, c'est-à-dire le Pôle Sud. Il a une grande maison de dix étages et, aidé des Piruks, il prépare ses cadeaux. C’est que les Piruks sont extrêmement rapides au travail. C’est eux qui font pour ainsi dire tout, la construction des jouets, l’emballage. Le Bienfaiteur Kapak se charge des commandes et de la conception.
─ Les enfants commandent les cadeaux comme nous au Père Noël ?
─ Bien sûr.
─ Par la Poste comme nous ?
─ Nous avons un système similaire mais électronique.
─ Comme Internet alors ?
─ C’est ça…
─ Et comment il les distribue les cadeaux Kapak, ajoute Olaf captivé par l’histoire du Père Noël des étoiles ?
─ Il a un grand vaisseau invisible.
─ ça existe des vaisseaux invisibles ?
─ Oui, on a la possibilité de rendre invisible nos vaisseaux. Mais cela on ne l’a pas encore enseigné aux Humains.
─ Pourquoi ?
─ On peut s’en servir pour faire la guerre, c’est ce qu’on faisait avant Kapak et ses bonnes pensées qui ont changé la mentalité des Karmans. Vous n’êtes pas prêts encore sur Terre. Mais j’ai bon espoir que vous gagnerez la paix bientôt avec nous.
─ Oui, et Kapak pourra venir seconder le Père Noël. C’est qu’on est plus nombreux maintenant sur Terre avec les Karmans, puis il y a les stations autour de Jupiter, de Saturne et de Neptune. Il faut aller là aussi. Je ne sais pas si le Père Noël y arrive.
─ Tu l’aimes le Père Noël, hein Olaf !
─ Oui, j’adore quand on va le fêter à Uppsala. Mais c’est pas tous les ans, fait l’enfant avec une petite moue.
─ Je sais, mais ce n’est pas toujours facile de quitter la base et le voyage est long avec les navettes humaines. Nos vaisseaux, les Hommes les gardent pour de lointaines expéditions à venir…
Au bout d’un moment, le jeune garçon dit :
─ Si ça se trouve c’est le même, Kapak. Je veux dire, le même Père Noël ! Ou bien ils se connaissent dans le monde des Eternels…
─ Va savoir, fait son père en souriant de toutes ses dents blanches effilées à la karmanne !
─ Bon, Olaf. Maintenant on va éteindre les lumières et ouvrir les paquets…
Et, dans la pénombre tranchée par la dite colonne pyramidale Kapak scintillante de lumières de toutes les couleurs, brillent les yeux vert d’eau à la jolie nuance translucide des enfants Karmans et d’Olaf. C’est le jour de tous les bonheurs et de la Paix !
07 décembre 2006
Une rose pas comme les autres
Dans un jardin hors du commun étaient des roses. Vous me diriez : "Quoi de plus normal, rien d'extraordinaire tout cela !". Oui, certes, mais ces fleurs avaient la particularité de vivre très longtemps, plus de six ans… N'est-ce pas hors du commun quand même ? Tous les mois les roses fêtaient leur anniversaire, celui qui commémore l'éclosion de leur bouton.
C'est grâce à l'amour d'un vieux jardinier - qui les arrosaient régulièrement avec tendresse tout en leur souriant et flattant de sa main leurs doux pétales frémissant de plaisir sous ses doigts-, qu'elles avaient cette longévité fabuleuse. Aussi les épines de leurs tiges ne piquaient-elles jamais, ou presque…
La rose opale, tout au bout du rosier à droite, est bien triste ce matin. C'est pourtant le jour de son premier anniversaire, le 24. Elle pleure et parle à sa tige :
" Ô tige, tu me fais mal, comme au jardinier, avec tes épines !
Mais dis, pourquoi toi tu piques et pas les autres ?
Pourquoi ce méchant venin s'échappe-t-il de notre corps ?
Tu vois, l'homme ne vient jamais nous parler à nous. Il nous arrose régulièrement, mais sans nous prêter attention. Peut-être qu'après sa tournée avec les autres, il est rompu de fatigue et ne veut plus s'attarder. Il est si vieux, et nous sommes si loin… Mais toi tu lui fais peur aussi, j'en suis sûre !
Nos amies, nos sœurs, celles nées le même jour que nous, elles sont bien radieuses !
Leurs pétales embaument le jardin entier. Ils sont soyeux, brillants comme on les aime.
Aucun ne se flétrit encore, aucun ne tombe…
Moi, ce matin, j'ai perdu un premier pétale. Il est là par terre. Ne le vois-tu pas ?
Il est déjà tout noirci depuis, comme ma pensée à présent…
Pourquoi suis-je née avec une tige empoisonneuse et repoussante ?
Je devais être belle, rose avec des reflets opales comme toutes les autres.
Mais la nature en a décidé autrement…
Je suis une rose malade.
Ma tige est mauvaise.
Elle tue l'amour du jardinier, vire son regard…
Et je suis là à m'ouvrir pour rien, juste pour pleurer et bientôt mourir si jeune encore.".
Un mois a passé, et la rose malheureuse est toujours là pourtant. Mais elle a encore perdu quatre pétales.
Aujourd'hui, le 24 donc, on ne sait pourquoi le jardinier s'est penché au-dessus d'elle.
Il lui sourit et dit :
" Comme tu as pleuré ! Des sillons de larmes parcourent tes pétales.
Tu es déjà vieille, mon Dieu ! Tes sœurs voisines sont si belles encore, et toi si triste… Pourquoi cela ?
Oui, je sais, tes épines… C'est pour cela que tu pleures autant ?
Tu sais, je vais bientôt partir, vous quitter, mais un autre me remplacera. Il est très gentil, tu verras. Je lui dirai de bien s'occuper de toi, de te parler beaucoup sans se préoccuper de ta tige."
Le vieil homme, tout en continuant de lui sourire tendrement, saisit la fleur dans sa main. Il caresse longuement chaque pétale…
Un courant électrique parcourt la rose de part en part jusqu'à ses racines.
Deux heures plus tard, un miracle s'est produit…
Les épines de la rose opale, tout au bout du rosier à droite, ont fermé subitement leurs vannes à venin. Elles arrêtent enfin de piquer et se couvre d'un doux duvet doré.
La fleur lentement calme ses pleurs. Pour la première fois elle se sent bien, soulagée enfin !
Ses pétales se dérident, prennent l'aspect soyeux qu'ils auraient dû toujours avoir. Et commencent à apparaître cinq petits nouveaux à la place des tombés.
