Comme une bouteille à la mer

Pensées, proses, poésies, mais aussi des fictions...Pour les messages, servez-vous aussi du livre d'or dans la colonne de droite. Merci de votre visite !

09 décembre 2006

Coup de blues aoûtien !

Comme je hais

Ma vie parfois,

Mon handicap…

Mise à l’écart

Plus par ma faute

Que par ma vieille

Poliomyélite,

Quand on fête Noël

Et que moi pas,

Le jour d’anniversaire

Et que moi pas,

Qu’on part en vacances

Et que moi pas,

Qu’on s’enivre d’amour

Et que moi pas,

Saoulée de silence

A crier l’absence…

Je voudrais suicider ma solitude

Et mon ennui, et mon fauteuil roulant.

Désespérément, je voudrais abattre

Les paralytiques murs de mes muscles

Pour marcher, marcher au seuil du bonheur !

Posté par Marygrange à 13:52 - Handicap - Commentaires [2] - Permalien [#]

En route pour l'Héliomarin

Premier voyage en train, celui dont je me souviens en tout cas.

Il fallait changer d'air, donner la chance à mes poumons, fatigués par l'odieuse maladie, de devenir fiables.

Du monde sur le quai… mais nous sommes montés tous à temps.

On nous a portés dans nos compartiments, nous petits enfants polios.

Ils étaient gentils les accompagnateurs, mais mes parents n'étaient pas là…

( Ils devaient penser à moi, je crois, là-bas en Algérie, où la famille s'était installée pour raisons militaires. )

J'en avais gros sur la patate de ne pas avoir ma maman pour lui dire au revoir, mais j'étais toute excitée aussi par la nuit si différente des autres qui se présentait, et l'avenir au bord de la mer…

Fini Garches et les premières récupérations des séquelles. Bientôt l'école, la maternelle…

Enfin le monde normal, même à l'hôpital, m'ouvrait ses bras !

Les infirmières m'ont placée dans un lit étroit avec les autres dans un compartiment de seconde ou troisième classe ( mes souvenirs ne sont pas tout à fait clairs après 45 ans ! ).

J'ai voulu tout retenir du voyage, tout savourer… les lampes jaunâtres du plafond, mon petit espace tout à moi, les reflets sur la vitre du wagon derrière ma tête quand je la tournais vers eux, les voix des cheminots aux arrêts dans les gares, les respirations des dormeurs.

Sans doute ai-je dormi aussi, très probablement, bercée que j'étais par le mouvement du train, ce bruit monotone et continu que j'aimais tant déjà… Je ne m'en souviens guère pourtant.

Puis, au petit matin, arrivée à Hendaye. Descente du train.

Enfin l'Héliomarin où m'attendaient de nouveaux parents. Ce personnel soignant que l'on devait tous appeler papas et mamans…

Posté par Marygrange à 13:46 - Handicap - Commentaires [3] - Permalien [#]

La petite fautive

Tu avais huit ans.

On te refusait,

Tu aurais blessé

Les autres élèves

Par ta différence…

Alors, résignée,

Couchée à plat ventre

Sur ton long chariot,

L'école, chez toi

Tu la recevais !

En à peine un an,

Des premiers romans

T'apprirent le monde

Déjà, mais manquait

De les raconter

A ceux de ton âge,

Aussi partager

Les jeux des fillettes

Et les plus courants

Avec les garçons…

Seule à la maison

Avec ta maman,

Ton amie radio

Et ton jeune chien,

Tes chères poupées…

Après les devoirs,

Tu les enviais,

Du haut du balcon,

Les mômes voisins

Jouant dans la cour…

Puis tu rêvassais

Sur toutes les choses

Que tu découvrais

Et conserveras

Pour, un jour, enfin,

Sur des papiers vierges,

Les redistribuer

Aux enfants grandis…

Ton crime innocent

Sera pardonné.

Posté par Marygrange à 13:44 - Handicap - Commentaires [0] - Permalien [#]

Le Regard du Tétraplégique

Juste pouvoir tourner la tête

Vers la fenêtre grande ouverte

Et regarder,

Et s’attarder…

Sur les impassibles nuages.

Les longs peupliers du rivage

Se recourber

Devant la baie.

Le soleil éclairer les murs

Des immeubles, ça le rassure,

Il fera beau !

Et les moineaux

Faire une scène de ménage

Sur le balcon, piaffant de rage.

Ils rejoindront

Leur doux nid rond…

Il déteste la dépendance,

Celle qui remplace ses sens

Indisposés,

Paralysés,

Qui parle, organise et décide

Pour lui. Il en a l’âme acide,

Tant il voudrait

S’en délivrer…

Il s’accroche aux douces images

Qui, de ses rêves, font l’ouvrage.

Il se rendort,

Tout en accord

Avec la nature éveillée.

Les moineaux sont émerveillés,

Sous le vent frais.

Enfin la paix !

Posté par Marygrange à 13:40 - Handicap - Commentaires [0] - Permalien [#]

1957 ! (juste avant…)

L'enfant, c'est moi...

Que des photos !

Je n'ai que des photos

pour imaginer ta vie d'alors…

Trois ans à peine,

petite fille solitaire,

sauvage et boudeuse, disait-on…

Mais tes grands yeux noirs

Se plissaient à disparaître

lorsque tu riais aux éclats.

Sérieuse dans la bibliothèque de Papa,

Assise dans son fauteuil trop grand,

tes petites jambes ballantes

sous ta jupe plissée,

chaussettes blanches sous grosses chaussures marrons

(ça la photo noir et blanc ne le dit pas…),

si brune,

des airs de dame déjà,

tu fixais l'objectif de l'appareil…

Tu vivais entourée de grands.

Pas d'enfants de ton âge,

ni un petit peu plus jeune,

ni un petit peu plus vieux.

Un père militaire.

Une mère soumise

à son rôle d'épouse et ses tâches ménagères.

Un grand frère de dix ans studieux.

Une sœur d'un an de moins que lui,

extravertie,

jouant à faire des robes en papier avec ses copines.

Pas de chien, tu en avais peur,

mais cela ne dura pas…

Loin des jeux de ton âge,

tu t'adonnais à ceux de ton imagination,

ceux de tes pensées, 

les histoires de toi seule connues

et peut-être de ton lapin en peluche,

lorsque tu le promenais sous ton bras

dans le jardin autour de la maison…

Tu parlais peu,

mais, curieuse, tu t'interrogeais

sur ce monde ouvert à perte de ta vue.

Tu posais des tas de questions embarrassantes,

comme savent si bien le faire les enfants aux adultes, répondues évasivement:

"C'est fait pour faire parler les bavards !",

alors tu te renfrognais dans ta bouderie…

Comme tu aimais tes promenades solitaires

accompagnée de ton lapin…

Tu t'arrêtais parfois,

un pied sur la marche de l'entrée

du beau pavillon de fonction des parents.

A quoi pensais-tu à cet instant ?

A quoi rêvais-tu, petite B. ?

Gourmande des bonnes odeurs,

humais-tu celles de l'herbe fraîchement tondue,

ou celles du déjeuner ?

Fredonnais-tu une chanson à la mode

entendue à la radio,

ou une que t'avais apprise Maman ?

Jamais je ne le saurai.

Tout s'est enfui de ta mémoire

si vite après…

J'aimerais revenir en arrière

et rentrer dans ton corps

pour reprendre tes sensations d'alors,

marcher surtout,

comme tu le faisais avec ton lapin dans le jardin,

penser, percevoir ton monde d'enfance

insouciant de l'avenir que tu aurais.

Je voudrais qu'ensemble on grandisse,

droites et saines,

et traverser l'océan de la vie sans écueils.

Mais il y eut ce jour de juin 1957…

Ta grande sœur, surprise

de te voir hébétée sur la marche,

sans force, brûlante de fièvre,

t'a prise dans ses bras

et déposée sur ton lit…

C'est alors qu'une autre petite B.

naquit.

(1957, année de grande épidémie de poliomyélite).

Posté par Marygrange à 13:35 - Handicap - Commentaires [0] - Permalien [#]

Le souffle en crise

Sur l'asthme...

Visage exsangue,

angoissée et tendue,

assise face à la fenêtre

grande ouverte,

après l'orage étouffant,

cet été lointain,

j'attends

le ciel revenu bleu,

les nuages qui fuient

les arbres du Prorel

à droite, et la Gargouille,

la montagne de "L'homme

qui dort" de l'horizon,

lorsque l'air cristallin

alpin, briançonnais

pénètre avec lenteur

jusqu'aux bronches fermées,

que redeviennent nets

les couleurs, les senteurs

d'alentour, du jardin

et que la paix regagne

enfin mon corps

dans un sourire.

Posté par Marygrange à 13:31 - Handicap - Commentaires [0] - Permalien [#]

Vu à la télé… (ou l'euthanasie par amour)

C'était samedi soir,

Avec sa fiancée.

Ils dansaient dans l'espoir

De toujours s'enlacer…

Elle prit le métro

Au retour de la boîte,

Lui sa Yamamoto,

L'esprit dans de la ouate,

Les yeux noirs pétillants,

Les cheveux un peu fous,

Le corps nerveux, vaillant…

Puis, arriva le coup!

Sur la chaussée glissante,

Le deux-roues dérapa.

Une Renault grinçante

L'envoya au trépas.

C'était ça, oui mais presque…

Car il en survécut.

A l'hôpital de Berck,

Il pense aux temps vécus.

Sorti d'un long coma,

Il s'est tétanisé,

Allongé comme un mât

Par les grands vents brisé.

Son lit est un carcan

Dont il ne peut sortir.

Mais il a sa maman

Qu'il aime et peut sentir.

Sans yeux ni la parole,

Mais bougeant seul un pouce,

Ils conçurent un drôle

Langage qui le pousse

A rédiger un livre

Exprimant ses douleurs.

Que la mort le délivre

Par sa mère qui pleure!

C'est son vœu le plus cher.

Il parle au Président

Qui, des bleus de sa chair,

Se larmoie en perdant…

Moi, fermant la télé,

Je ne sais quoi penser

Du fait qu'on a parlé

Et qui m'a renversée.

Je songe à cette mère

Assise sur le sable,

Le dos contre la mer,

Belle mais misérable

Par l'idée de tuer,

Devenir assassine…

Cette mort conspuée

Que l'amour lui assigne!

Je pleure pour les deux

Le fils, la mère aimante.

Qu'un jour les malheureux

Puissent fuir la tourmente!…

Ceci a été écrit avant le décès de Vincent Imbert. Ignorant les causes de l'accident, j'ai créé une fiction à son sujet...

Posté par Marygrange à 13:29 - Handicap - Commentaires [0] - Permalien [#]

Le silencieux

Paroles versées

Dans le noir reclus

Monde des pensées.

Les idées muettes

Qu'on ne sait comprendre,

Qui nous laissent bêtes.

Les mots sur ta langue

Qui ne sortent pas,

Fâcheuses harangues,

Et ceux bien cachés

Des fuyants regards

D'aimés entachés.

Noires mains qui bougent,

Tête qui raconte,

Rires dans la bouche.

Ton amour défait,

Peut-être est-il mort...

Il est sans effet.

Piano refermé,

Ton éteint talent

Pleuré à jamais.

Silence en panique.

Je t'entends encore,

Gaby l'aphasique!

Posté par Marygrange à 13:25 - Handicap - Commentaires [0] - Permalien [#]

Utopie

JE RÊVE d'un monde où les différences

Seraient de lumineuses évidences,

Judicieuses, multiples harmonies,

De belles nuances d'êtres unis.

JE RÊVE d'un monde aux races mêlées,

De grands avec petits, beaux avec laids,

Jeunes avec vieux et forts avec faibles;

Où les handicapés auraient des ailes;

Où miséreux et riches s'aimeraient;

Où la pure nature règnerait.

Monde d'artistes de beauté,

Maîtres d'amour en liberté.

Un monde vrai. Un monde à croire

En sa justice et son savoir.

Un monde, sous tous ses  aspects,

Havre de bonheur et de paix.

Posté par Marygrange à 13:22 - Handicap - Commentaires [0] - Permalien [#]

Disparaître

Tel un bateau dans la brume de l'horizon,

Je voudrais disparaître.

Comme un vol, dans le ciel, de bulles de savon,

Je voudrais disparaître.

Comme la lente mort d'une estimée musique,

L'éphémère amitié qui s'en va pathétique,

Une étoile nova d'un dernier clignement

Et l’étreinte aboutie de languides amants,

Je voudrais disparaître.

Je voudrais…

Les atomes crever, dans mon méprisé corps,

Que s'échappe mon âme en un ultime effort

Pour qu'elle s'épanouisse en un tout nouveau-né

Et revivre en humain pur au cœur étoilé.

Posté par Marygrange à 13:20 - Handicap - Commentaires [0] - Permalien [#]
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