Comme une bouteille à la mer

Pensées, proses, poésies, mais aussi des fictions...Pour les messages, servez-vous aussi du livre d'or dans la colonne de droite. Merci de votre visite !

11 décembre 2006

Un ailleurs radieux

La porte à peine close,

Déjà on te remplace.

Tu vas d'un pas morose

Sous la pluie qui te glace.

Un sentiment adverse

Te jeta dans le froid.

Ton cœur, passant l'averse,

Se plie au désarroi.

S'étire le chemin

Vers un inconnu monde,

Où peut-être une main

Se tendra à la ronde,

Sous le rayon ami

D'un sourire avenant.

Te sera-t-il permis

D'exister maintenant ?

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06 décembre 2006

Il y a trente ans, Franco mourait…

Il y a trente ans, Franco mourait.

Lente agonie, trop !

On se tardait de voir l’avenir.

19 mois déjà à Madrid.

Je me débrouillais déjà bien en espagnol,

suivais l’actualité…

Et j’ai observé les longues files de visiteurs

devant la dépouille du dictateur à la télévision.

Certains fidèles pleuraient, certes,

mais on se demandait si d’autres n’y allaient pas

pour vérifier qu’il était bien mort.

Enfin on pourrait parler librement dans les lieux publics.

Enfin on ne pourrait plus craindre l’espionnage

des gardiens d’immeubles

ou des chauffeurs de taxi.

Et puis…

Viendrait ce Roi promis,

ce fils spirituel du Généralissime.

Oui, quel bonheur qu’il n’ait suivi

les enseignements du vieillard !

Et Adolfo Suárez qui,

bien qu’ayant été dans les jeunesses franquistes,

instaura à nouveau

la Démocratie

durablement.

Temps de transition.

Temps de ma jeunesse.

Découverte d’un neuf esprit libre.

Culture pas encore acquise en France, mais si là-bas.

Machado, Quevedo, Pío Baroja, Unamuno, García Lorca…

Et aussi Félix Rodríguez de la Fuente,

ce médecin naturaliste

qui fit aimer aux Espagnols sur le petit écran

la faune ibérique,

et découvrir les grandes étendues d’Amériques,

et qui mourut dans l’exercice de ses fonctions

suivant une course de traîneaux

dans le Grand Nord canadien.

Accident tragique d’avion.

J’aimais bien ses émissions…

Aussi cet écrivain si populaire et bon vivant,

plus tard Nobel,

Camilo José Cela.

Exubérant, affable, humain personnage.

Sympa ceinture noire de judo également, si je me souviens bien…

L’acteur Fernando Fernán Gómez*, roux à l’époque, et sa compagne du moment E. C.,

que je rencontrais souvent de loin,

dans un restaurant madrilène, avec mes parents.

Après seulement j’ai su qui il était.

Des chanteurs, des acteurs, des revues Peoples.

Les premières que je lisais chez le coiffeur,

Semana, Hola (le leur bien avant le nôtre), Diez minutos...

Cette autre culture populaire et indispensable

pour rentrer dans le moule,

se faire accepter, effacer sa trace d’Etranger.

Et les peintres du Prado, et les architectes, les scientifiques aussi…

Mon Espagne riche de culture, et populaire, humaine

se réveillait en paix, ou presque…

Malgré les Autonomies régionales créées,

propres gouvernements, drapeaux, hymnes…,

les coups d’Etat se sont pointés deux fois,

mais calmés par la fermeté de Juan Carlos Ier,

et les Indépendantistes Basques

n’ont de cesse d’intenter aux jours des gens…

Mais l’Espagne vit sa vie avec volonté et courage

et elle est enfin Européenne.

Souvenir d’avant changement du Régime :

magazine féminin où se disait que l’Espagnole

travaillait moins que l’Européenne.

Je croyais pourtant l’Espagne en Europe…

Mais à présent, oui elle y est. Elle a rejoint sa place !

Années 75/86, celles de la Movida, d’Almodóvar, mes plus belles…

Depuis presque vingt ans que j’en suis revenue,

elles me collent à la peau encore.

Je l’aime pareil l’Espagne démocratique, l’Espagne d’Artistes !

Il y a trente ans, Franco mourait…

*Acteur de renom qui épousa en premières noces, il me semble bien, la chanteuse Argentine María Dolores Pradera, grande dame de la chanson sud-américaine longtemps accompagnée à la guitare par deux frères jumeaux.

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Voyage en Espagne

Je veux me souvenir

Des jours de ma jeunesse,

Temps de l'amour venant

Dans mon esprit timide ;

A Madrid revenir,

Frémir de la tendresse

D'un ciel bleu se couvrant

De nuages limpides.

Je voudrais rechanter,

Dans la langue espagnole,

Les boléros, les chants

Du sud de l'Amérique ;

Et puis revoir fêtées,

Sur le valencien sol,

Les fallas de St Jean

Brûlant d'un feu magique.

Puis je voudrais rimer,

Au style du Poète

Juan Ramón Jiménez,

Sur la terre andalouse ;

Et aussi acclamer

Le passage des bêtes,

Fiers taureaux de Jerez

Délaissant leur pelouse.

Oh, briser le mur noir

Des expressions pâlies

D'un cœur las de sommeil

A vivre comme au bagne !

Pour cela prendre espoir

En la douce embellie

Du bienheureux soleil

D'un voyage en Espagne.

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Pablo et La Corne à Mort

Ceci est une chanson dont m'est venu l'air avant le texte. (Je pensais à la mort dans l’arène du torero Paquirri dans les années 80).

Pablo

De l'Andalousie,

Sous la frénésie

Des bravos...

Pablo,

Il voit son ami

Aller insoumis

Au toro.

Pablo,

Dans l'arène d'or,

Il saigne le corps

Sous La Corne à Mort.

Pablo,

Depuis, chaque nuit,

Son rêve s'enfuit

Vers l'habit qui luit...

Pablo

De l'Andalousie,

Sous la frénésie

Des bravos...

Pablo,

A son vieil ami,

Il l'avait promis

Le toro.

Pablo,

Dans l'arène d'or,

Il a eu le corps

De La Corne à Mort.

Pablo,

Et plus une nuit

Son rêve ne fuit

Vers l'habit qui luit...

Pablo

De l'Andalousie,

Plus de frénésie

Des bravos...

Pablo

De l'Andalousie,

Plus de frénésie

Des bravos... Etc.

Posté par Marygrange à 17:39 - Souvenirs d'Espagne - Commentaires [0] - Permalien [#]

Je pleure l'Espagne

J'ai fait un cauchemar

Il y a deux nuits,

Dans un sombre couloir,

Et presque sans bruit,

Une bombe explosait.

J'en frissonne encore!

J'ai vu des blessés

Et aussi des morts.

Ça m'arrive parfois

Ces coïncidences

Entre de faux effrois

Et de vraies souffrances.

Je suis écœurée

Et déboussolée,

Aussi éplorée

Et l'âme empalée

Par le crime abominable,

Stupide, vile, grotesque

D'une engeance redoutable

Qui n'aurait dû naître presque…

Je hais sa haine

Et son mépris.

Rien ne la gêne

Devant les cris

De l'innocente

Humanité.

Elle se vante

De la clarté

De la lumière de ses bombes

Qui mènent les gens dans leurs tombes

Alors qu'il n'est pas encor temps,

Brisant le cœur des survivants…

Elle veut la vie de nous tous

Au nom des idées qui la poussent,

Qui sont noires éperdument,

Teintées de sang absolument…

IRA, Al Qaïda, ETA,

Nos cœur vous n'aurez pas!

Sache que toi, sombre ETA,

Ma peine tu ne tueras.

"Oyen, Hijos de p...*,

las lágrimas derramar

por toda la tierra nuestra

contra su odiosa maldad.

El corazón me aprieta.

Hoy lloro por España."

("Ecoutez, Fils de p...*,

les pleurs couler

de toute notre terre

contre votre odieuse méchanceté.

Le coeur me serre.

Aujourd'hui je pleure pour l'Espagne.")

Aux victimes des attentats des gares de Madrid... (poème écrit ce même jour à recevoir la nouvelle)

Posté par Marygrange à 17:33 - Souvenirs d'Espagne - Commentaires [0] - Permalien [#]

Ces pluies des adieux !

Là-bas somnole ma mémoire,

Au soleil d'un ciel espagnol

Qui façonnait en claire histoire

D'amour mon attache à son sol.

Cependant, le couvrit l'orage

De la fin d'un été maudit.

Mon insouciance en fit naufrage,

Laissant un désespoir non-dit,

Alors, à ceux qui me menèrent

Vers les terres de mes aïeux.

Comment encore m'exaspèrent

Ces grises pluies de mes adieux !

Posté par Marygrange à 17:30 - Souvenirs d'Espagne - Commentaires [0] - Permalien [#]

Les Amants de Teruel

"Ils se tiennent la main, Diego et Isabel.

Toute l'éternité, ils s'aiment à Teruel!".

Voilà ce qu'un déni fit à une amourette

Semblable à celle de Roméo et Juliette.

Les parents d'Isabel reniaient leur amour;

Diego, pourtant noble, avait de pauvres atours.

Alors, ils se cachaient et vivaient leurs élans

Dans un jardin secret, loin des regards méfiants.

Cela dura jusqu'à l'éloignement tragique.

Pour pouvoir se marier, Diego fut héroïque.

Il partit en croisade et gagna or et gloire,

Conservant nets en lui l'amour et son espoir.

Durant cinq ans s'attendre, ils se firent serment.

Si Diego n'arrivait à un précis moment,

Isabel aurait pu céder à la pression

De sa famille pour une autre convention.

Mais elle ne put point repousser très longtemps

Son mariage et dit "Oui!" au tout dernier instant.

C'est alors que Diego fit son apparition

Après les noces. Il voulut l'annulation.

Isabel refusa. Leur regard le tua.

Près de l'agonisant, la mariée sanglota.

Le soir à la veillée, dans la triste pénombre

De la chambre mortuaire, elle entra comme une ombre.

Puis, elle s'étendit contre Diego défunt

Et dans un froid baiser, le rejoignit enfin!

Inoubliable fut aussi ce qui suivit:

Le mariage dissout, tout Teruel les unit.

Ils reposent, dès lors, dans deux voisins tombeaux.

Leur véritable amour éteignit tous ses maux.

(Diego de Marcilla et Isabel de Segura sont enterrés dans une double sépulture à la Chapelle annexe à l'Eglise San Pedro de Teruel en Espagne. Deux corps sculptés allongés sur les stèles, se donnant la main au milieu, représentent les Amants.)

Posté par Marygrange à 17:08 - Souvenirs d'Espagne - Commentaires [0] - Permalien [#]

Le mal apatride

On peut se sentir étranger

Dans un univers familier,

Dans cette patrie qui est sienne,

Province ou banlieue parisienne.

Cela m’arrive tous les jours,

Depuis mon douloureux retour

A une région de France

Où je pleure mes différences.

Depuis cette lointaine année

Où j’ai été déracinée,

Mes origines et culture

Dormaient dans une sépulture.

J’étais devenue Espagnole

D’adoption. Je devins folle

De toutes choses hispaniques,

De Castille et des Amériques.

Lorsque je revins en colère,

Tout, inclus le vocabulaire,

Différait de ce qui m’était

Familier sur le sol français.

Si je retournais sur le champ

A Madrid, ce qui m’est touchant

Ici disparaîtrait autant.

J’ai des émotions décalées,

Deux vies en peine refoulées

Dans un être apatride en plaies.

Posté par Marygrange à 17:07 - Souvenirs d'Espagne - Commentaires [0] - Permalien [#]
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