20 avril 2009
La rumeur
Faisons
Mourir
L'envie
D'unir
Nos goûts
Dîner
Des heures
Parler
Où l'on
Pourrait
Entendre
Nos mots
Amis
Et in-
Compris
Reste à
Proscrire
Ou juste
L'écrire…
08 décembre 2007
Les poètes séparés
Je voudrais tellement que tu ne souffres plus,
J’aurais mal si jamais on m’apprenait ta perte…
Nous gardons souvenir de nous être bien lus,
Et moi toujours celui que tu m’aies découverte.
Nous ne devrions plus nous culpabiliser.
Aimons, dans nos foyers, les plaisirs de la vie.
Faisons le même vœu de nous réaliser
Au gré de nos talents, car notre art nous convie,
Pas à l’immense honneur d’un futur immortel,
Mais à la joie quand sort de nos mains quelque chose
Pour remplir un papier, un mot accidentel,
Une rime amoureuse où se courbe une rose,
Le chant de la nature en classique sonnet…
Et qu’importe, vois-tu, s'ils sont morts nos dialogues,
Chacun de son côté, au jour passant, renaît.
Ecrivons l’un sans l’autre encor des monologues !
19 novembre 2007
Les épistoliers
(consigne d’un atelier d’écriture. Poème de 18/20 lignes sans employer les mots suivants : lumière, mort, yeux, main, amour, mer, larmes, étoiles, ciel, silence, nuit, adieu, toujours.)
Il s’interroge encor. Mais que deviendrait-elle,
Son amie de Madrid qui ne lui écrit plus
Paraissant l’oublier ? Elle était toute belle
Dix-sept ans en arrière. Elle lui avait plu.
En retournant chez lui, une correspondance,
Entre les deux pays, s’établit quelque temps.
Il lui parlait des gens de sa terre de France,
Elle lui répondait d’un plaisir persistant.
Elle était fort curieuse, et ça plaisait à l’homme.
Avait-elle pour lui quelconque sentiment ?
Il le croyait alors, car elle écrivait comme
Une timide enfant voilant son cœur aimant.
Mais il ne se fit plus aucun autre voyage
Pour rapprocher encor les deux épistoliers.
Et peu à peu cessa son précieux babillage
L’Espagnole en coupant ses longs ponts de papiers.
L’homme repense à elle en les lieux où il passe,
Il aurait tant voulu les lui montrer un jour.
Quand, leur correspondance amicale, il repasse,
Il revoit nettement son regard de velours.
18 novembre 2007
L’amitié intellectuelle
Sa vertu est spirituelle,
C’est le dialogue des âmes.
L’amitié intellectuelle
Est une bien grande dame,
Comme celle de Nohant*
Près de François Rollinat.
Leur union dura des ans,
Et la mort la termina.
C’est vrai qu’elle est peu formelle
Entre un homme et une femme,
L’amitié intellectuelle
Que l’on porte en oriflamme.
Presqu’elle rendrait jaloux
Qui ne la comprendrait pas.
Sois sans crainte mon cœur doux,
Calme ton mea-culpa.
L’amour ce ne peut être elle,
Rien ne dit que tu le clames.
L’amitié intellectuelle
Pourtant t’a jeté aux flammes…
Tu promets ne plus le voir
Et tu agis comme tel,
Mais tu vois dans ton miroir
Ton sentiment éternel.
* Allusion à George Sand et son ami François Rollinat, Berrichon comme l’illustre romancière. Il est le père de Maurice Rollinat, poète et musicien dont George Sand était la marraine dans les milieux littéraires et qui l’a éclairé de ses conseils, notamment sur la poésie enfantine. On a souvent enseigné les poèmes pour enfants de Maurice Rollinat à l’école. Ma première récitation était La Biche au CE1, et je l’avais adorée…
02 janvier 2007
Changer l’eau des pleurs
De n’avoir pu cesser d’épandre ma parole
Jusqu'à trop t'agacer quand la vie n’allait pas,
J’ai fait que ton silence amoindrisse tes pas
Vers toute ma présence, et ça m’a rendue folle.
J’ai choisi de l’écrire afin de nous comprendre,
De toute ma vie dire à quel point j’étais mal.
Dans un triste roman et d’un souffle animal,
J’ai clamé mon tourment pour pouvoir me défendre.
J’ai accusé mon corps et ma façon de vivre
En marge de l’accord qui marie les gens bien,
Trop normaux pour mon être, à l’image du tien
Qui n’a point pu m’admettre et m’aider à survivre.
Je ne t’en fais reproche, ami, sois-en tranquille.
A mes mots, je m’accroche avec le frêle espoir
De libérer mon cœur de son battement noir
Et changer l’eau des pleurs en rosée de jonquille.
06 décembre 2006
De n’avoir pu être un homme…
Sentiment
Fraternel
D’une amie
Mais souvent
Mal perçu
Par les gens
Quand il est
Pour un homme
Car l’amour
Amitié
C’est possible…
Il le sait
Elle le sait
Mots reçus
D’une femme
Au mari
Ennemis
Par l’épouse
C’est normal !
Trop d’échanges
De présence
C’est danger !
Evincer
La rivale !
Qu’il oublie
Cette sœur
Confidente
Il faut rompre
Evidence !
Mais souffrance
Pour l’amie
De n’avoir
Pu être un
Homme pour
Librement
L’aimer…
Les amis du Net
Ça fait deux ans qu’ils se sont vus
Sur un forum de discussion.
Ils avaient la même passion
Culturelle. Ils s’y sont connus.
Puis ils se sont communiqués
Leurs coordonnées personnelles.
S’enrichit l’entente nouvelle
De coups de fil, lettres, paquets,
Tchatches, emails bien trop nombreux.
C’est si facile et si rapide
Que l’un d’eux en devint avide.
Mais l’autre, qui était plus vieux,
Aimait, vivait mieux le réel.
Il s’agaça de ce contact.
Il se tut et, pour être exact,
Stoppa de l’ami les appels.
Cela décontenança l’autre
Qui voulut rendre l’amitié.
Souffla un vent d’inimitié
Sur lui qui l’envoya au peautre.
Mais le lésé enfin comprit
L’intoxication d’Internet.
Il s’en repentit, le dit net
A son ami qui lui apprit
Ne plus vouloir savoir de lui
Et plus jamais le rencontrer,
Comme ils le firent pour serrer
Leurs liens jeunes. Et l’éconduit
Ne comprend pas et se lamente.
C’est qu’alors il ne l’aimait pas ?
Etait-ce un jeu ? Il ne sait pas…
Il subit tristesse et tourmente.
Est-ce de la haine ou mépris
Que cet homme pour lui éprouve ?
Voilà qu’en lui le doute couve.
Il frappe son cœur, son esprit.
Mais ce n’est peut-être pas ça.
L’autre l’aimerait-il encor,
Gardera-t-il en lui l’accord
Qui pour le moment bien cessa ?
Il n’en sait rien et désespère.
Il a honte d’être banni.
Méritait-il d’être puni ?
Il ne sait plus, mais récupère
L’envie de changer ses émois.
Il se méfiera des forums
Du Web. Devant ses géraniums,
Il pense partir plusieurs mois…
Un jour, il lui dira merci,
S’il accepte de l’écouter,
(Mais osera-t-il le tenter ?),
A son ancien ami. Voici
Le temps de revenir aux jours
Où il était bon d’être vrai.
Il prend une bouffée d’air frais.
La réalité vaut toujours !
La désamitié
C’est quand l’oubli s’impose,
Les nouvelles s’espacent,
Les chemins s’écartent,
La mémoire se raréfie.
C’est quand les liens explosent
Pour s’y accrocher trop,
La porte de la cage bloque
L’oiseau clamant sa liberté.
C’est comme la tempête qui résonne,
S’agite coléreuse contre le voilier,
Le brise de sa déferlante,
Jette à l’eau le skipper qui la brave.
C’est comme la gifle qui vous souffle
Le cœur d’une main glaciale,
Et qu’il se met à frissonner,
A pleurer tout son hiver.
C’est vouloir rattacher la corde
De ses bouts déchirés,
Vainement implorer des excuses
Pour les erreurs que l’on a commises.
C’est disparaître de la Côte,
L’un vers ses montagnes constrictrices,
Murs des âmes renversées,
L’autre vers les étendues profondes libres.
Le voyageur où se dirige-t-il, quel monde,
Solitude espérée, nouveaux sentiments
Sereins et sans attaches serrées ?
Gardera-t-il souvenir du délaissé, toujours ?...
Le montagnard voudra, pourtant, l’aimer encore,
Espérer son retour, cet ami en fuite,
Comme l’épouse refusant le deuil
D’un marin breton disparu.
L’amie écriture
S’ils ne veulent plus me parler,
J’apprendrai à les méconnaître.
Je ferai ma vie sans aller
Ni retour dessous leurs fenêtres.
Et nous serons les inconnus
Que nous aurions dû toujours être,
Entourés des souvenirs nus
D’un temps qui n’aurait pas dû naître.
Qui sait si j’aimerais encor
D’autres gens. Je n’en suis pas sûre.
Je me donnerai, corps à corps,
A éviter toute blessure
Qui paralyse mon effort
A vivre dans ma vraie nature.
Mais j’ai toujours le réconfort
Que m’offre l’amie écriture.
J’ai tant besoin de son regard
Qu’il soit au bord de ma bouche qui parle,
Ou loin à lire mes récits,
J’ai tant besoin de son regard
Qui se pose sur mes mots,
Sur mon cœur qui l’espère.
J’ai tant besoin d’une parole de lui
Toute pour moi,
Pour me rassurer
Un petit temps du moins,
Similaire à un « Je t’aime » peut-être…
J’ai tant besoin de son regard,
Entendre les choses de sa vie,
Ce qu’il fait,
Qu’il va bien,
Surtout cela : qu’il va…
Qu’il soit vivant,
Bien plus que tous les vivants.
Et qu’il pense à moi
Au moins un peu certains jours.
J’ai tant besoin de son regard,
Car je suis perdue dans son silence
Qui peut tout signifier,
Oubli comme désintéressement,
Ou pire, sa disparition.
J’ai tant besoin de son regard,
Car s’il ne me voit plus
Cela me déconcerte,
Me fait pleurer
En moi bêtement
Et me dire que j’ai raté
Encore quelque chose,
Que c’est ma faute !
Et je me sens
Ombre
Dans l’ombre
De sa vie.

